(Le réveil tardif de Vissetogbé)
À moins de six semaines de l’élection présidentielle du 12 avril, l’opposition béninoise donne l’image d’un attelage fragilisé. Le parti Grande Solidarité Républicaine (GSR) a officiellement claqué la porte du Cadre de concertation de l’opposition, une plateforme initiée par Les Démocrates pour fédérer les forces contestataires en vue du scrutin de 2026.
Cette rupture, annoncée avec fracas, survient après de longs mois de participation silencieuse au sein du regroupement. Dans l’opinion, la question brûlante reste : pourquoi maintenant ?
Une plateforme minée par les dissensions
Créé en novembre 2024, le Cadre de concertation ambitionnait de constituer un front uni face aux défis institutionnels et électoraux. Autour des Démocrates gravitent plusieurs formations, dont le Mouvement populaire de libération (MPL), la Nouvelle Force Nationale (NFN), le mouvement Nous le ferons et la GSR.
Mais au fil des mois, des désaccords internes, des initiatives jugées unilatérales et l’absence de coordination stratégique ont progressivement fissuré l’édifice. Ce qui devait être un espace de dialogue est devenu, selon certains acteurs, un terrain de méfiance et de rivalités larvées.
Un départ aux allures de désaveu
En se retirant, la GSR dénonce des « dysfonctionnements » et un manque de concertation réelle. Officiellement, le parti pointe l’absence de feuille de route claire et une stratégie collective peu lisible. Officieusement, certains observateurs évoquent un réveil tardif, voire opportuniste, dans un contexte où l’opposition peine à imposer un narratif fort à l’approche du scrutin.
Cette décision intervient à un moment charnière : l’unité aurait pu constituer un levier décisif face à la dynamique enclenchée par la mouvance présidentielle.
Une opposition fragilisée face à une majorité en campagne
Pendant que l’opposition expose ses fractures, la majorité avance ses pions. La candidature de Romuald Wadagni concentre l’attention et bénéficie d’une mobilisation soutenue, sur le terrain et au sein de la diaspora. Initiatives citoyennes et actions de proximité renforcent cette dynamique, donnant le sentiment d’un camp structuré et concentré sur l’objectif électoral.
Dans ce contraste, le retrait de la GSR apparaît comme un nouvel épisode d’instabilité interne pour l’opposition. Peut-elle encore présenter un front cohérent et crédible à quelques semaines d’un scrutin décisif ?
Une recomposition inévitable ?
Avec ce départ, le Cadre de concertation, tel qu’imaginé à sa création, semble sérieusement compromis. Au-delà de la GSR, c’est toute la stratégie d’unité de l’opposition qui se retrouve interrogée.
Alors que le pays s’achemine vers une présidentielle marquée par une forte polarisation et un intérêt citoyen croissant, les divisions internes pourraient peser lourd dans la balance politique. Reste à savoir si ce coup de tonnerre provoquera une recomposition salutaire… ou scellera définitivement l’éclatement d’un front déjà fragilisé.






