Depuis l’installation des conseillers communaux, la non-désignation des chefs d’arrondissement continue d’alimenter débats et commentaires. Pour certains observateurs, ce retard serait le signe d’un dysfonctionnement institutionnel majeur. Pour d’autres, il s’agirait des conséquences directes des arbitrages et équilibres internes opérés par les partis politiques au lendemain des élections communales.
Mais au-delà des interprétations politiques, une réalité s’impose : l’administration locale continue de fonctionner normalement.
Aucune paralysie administrative
Dans les arrondissements du Bénin, la gestion quotidienne ne repose pas exclusivement sur le chef d’arrondissement. En son absence, les secrétaires administratifs assurent la continuité du service public.
Ces cadres techniques, déjà en poste, prennent en charge :
la réception et le traitement des correspondances administratives ;
la tenue des registres officiels ;
la coordination avec les services déconcentrés de l’État ;
le suivi des activités administratives courantes.
Autrement dit, il n’y a ni vide administratif ni paralysie institutionnelle. Les dossiers avancent, les services restent ouverts et les populations continuent d’être servies. La machine administrative, elle, ne s’est pas arrêtée.
Mariages suspendus : la conséquence concrète du retard
Cependant, si la gestion courante est assurée, certaines compétences spécifiques demeurent exclusivement attachées au chef d’arrondissement. La plus visible et la plus sensible : la célébration des mariages civils.
Dans plusieurs arrondissements où aucun chef n’a encore été désigné — ou là où le titulaire n’a pas été reconduit — les unions officielles sont suspendues. C’est notamment le cas à :
Golo Djigbé ;
Ouèdo ;
Godomey.
Dans ces localités, l’ancien chef d’arrondissement a été nommé Assistant du Président de l’Assemblée nationale, laissant le poste vacant. Or, en l’absence d’une autorité légalement investie, les actes de mariage ne peuvent être célébrés.
Résultat : des couples dans l’attente, des cérémonies reportées, des familles contraintes de patienter.
Un verrou juridique, non un effondrement administratif
Il convient donc de distinguer deux réalités :
La gestion administrative courante, assurée efficacement par les secrétaires administratifs ;
Les actes réglementaires spécifiques, qui exigent la signature et l’autorité du chef d’arrondissement.
Nous ne sommes pas face à une crise de fonctionnement de l’État local, mais devant un blocage juridique ponctuel lié aux prérogatives formelles du poste.
Urgence symbolique et sociale
La non-désignation des chefs d’arrondissement, conséquence des dynamiques politiques post-électorales, n’a pas désorganisé l’administration territoriale. Le service public tient bon.
Mais sur le plan social, l’impact est réel. Les mariages bloqués rappellent que derrière les équilibres politiques se trouvent des citoyens dont les projets de vie dépendent d’une décision administrative.
Accélérer les désignations permettrait non seulement de lever ces blocages, mais aussi de rassurer les populations sur la pleine fonctionnalité de leurs institutions locales.






