Alors que l’installation solennelle de la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale est prévue ce dimanche 8 février 2026, une question traverse toutes les rédactions béninoises :
à quel sort la presse sera-t-elle encore vouée ?
Les députés qui s’apprêtent à prendre fonction n’ont aucun intérêt à continuer d’ignorer ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à leur élection ou à leur réélection : les journalistes.
Sans eux, pas de visibilité, pas de débat public, pas de contre-pouvoir, pas de démocratie vivante.
Une décennie de marginalisation
Pendant près de dix ans, sous l’ère dite de la Rupture, les professionnels des médias ont été relégués au second plan.
La clochardisation de la profession a atteint des sommets. Faute de moyens, d’assurance et de prise en charge médicale, plusieurs journalistes ont perdu la vie, abandonnés à leur sort.
Ce fut une véritable traversée du désert.
Ceux qui ont pu se reconvertir ont quitté le métier.
Ceux qui n’avaient pas d’autre issue ont continué de vivre le martyr, dans l’attente d’une main secourable.
Peut-être la 10ᵉ législature, dans sa mission de contrôle de l’action gouvernementale et de vote des lois, saura-t-elle relever ce défi historique.
Restaurer la dignité du métier
Aujourd’hui, la corporation réclame la restitution de sa lettre de noblesse.
Le journalisme n’est pas un luxe : c’est un pilier de la démocratie, communément appelé le quatrième pouvoir.
Il mérite protection, considération et reconnaissance institutionnelle.
Carte de presse : une loi qui doit enfin vivre
Depuis 2013, le Bénin dispose d’une réglementation encadrant la carte de presse, qui définit clairement les avantages de ce document essentiel.
La carte de presse est un sésame professionnel :
elle garantit l’accès à l’information, la reconnaissance sociale et des droits spécifiques.
Pourtant, dans la pratique, cette loi demeure faiblement appliquée.
La 10ᵉ législature a le devoir de veiller à ce que ces textes cessent d’être symboliques pour devenir effectifs et respectés.
Dépénaliser réellement les délits de presse
Autre chantier majeur : la dépénalisation effective des délits de presse.
Certes, le Code de l’information et de la communication (2015) a constitué une avancée en supprimant certaines peines privatives de liberté.
Mais dans les faits, des dispositions du Code du numérique continuent d’être utilisées pour poursuivre des journalistes à cause de leurs publications.
La nouvelle Assemblée doit clarifier le cadre juridique :
👉 c’est le Code de l’information et de la communication qui doit s’appliquer aux journalistes, et non des textes inadaptés servant à restreindre la liberté d’expression.
Liberté, mais aussi responsabilité
Protéger la presse ne signifie pas encourager l’anarchie.
Le journalisme est un métier à risques qui exige rigueur, éthique et responsabilité.
Les lois doivent prévoir des sanctions justes et proportionnées contre les dérives, sans jamais servir d’armes pour bâillonner ceux qui informent le peuple.
Une fiscalité pour sauver les entreprises de presse
La survie économique des médias est un enjeu central.
Dans un marché fragile, il est urgent d’instaurer une fiscalité spécifique pour les entreprises de presse, afin de soutenir leur viabilité, encourager l’investissement et préserver le pluralisme de l’information.
Un appel solennel aux députés
La 10ᵉ législature est attendue au tournant.
Les journalistes ne réclament pas des privilèges, mais :
le respect de leurs droits,
l’application des lois existantes,
une justice équitable,
et un environnement économique viable.
La liberté de la presse ne doit plus être un simple principe constitutionnel :
elle doit devenir une réalité vécue au quotidien par chaque journaliste béninois.
👉 La renaissance de la démocratie passe aussi par la renaissance de la presse.
.






