À l’occasion de la rentrée judiciaire 2026-2027 de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), lundi 12 octobre 2026, le procureur spécial Elonm Mario Mètonou a défendu une justice pénale conciliant fermeté répressive, respect des droits fondamentaux et dignité humaine. Face aux critiques sur la sévérité du parquet spécial, il a notamment plaidé pour que la détention provisoire demeure une mesure exceptionnelle et que la proportionnalité guide davantage la réponse pénale.
La fermeté judiciaire peut-elle s’exercer sans compromettre les libertés individuelles ? C’est l’une des questions majeures soulevées lors de la rentrée judiciaire 2026-2027 de la CRIET. Réunis autour du thème « Humaniser la justice pénale : entre protection des droits humains et efficacité répressive », les acteurs de la juridiction ont été invités à réfléchir à la recherche d’un équilibre entre la répression des infractions et la préservation des droits des personnes poursuivies.
Prenant la parole à cette occasion, le procureur spécial près la CRIET, Elonm Mario Mètonou, a dressé le bilan de l’année judiciaire écoulée avant d’aborder plusieurs enjeux liés à l’exercice de l’action publique. Au cœur de son intervention : la place de la détention provisoire, les garanties accordées aux justiciables et les exigences d’une justice à la fois efficace et respectueuse des droits humains.
3 849 plaintes et procès-verbaux enregistrés en un an
Les chiffres présentés par le procureur spécial témoignent d’une hausse des saisines de la juridiction. Au cours de l’année judiciaire 2025-2026, la CRIET a enregistré 3 849 plaintes et procès-verbaux, contre 3 067 lors de l’exercice précédent.
Cette progression intervient alors que l’institution fait régulièrement l’objet de critiques concernant la rigueur de sa politique pénale et les lourdes peines d’emprisonnement requises par le parquet spécial dans certaines affaires.
Pour Mario Mètonou, cette situation met en évidence un contraste entre la perception d’une juridiction jugée particulièrement répressive par certains observateurs et le recours croissant des citoyens à ses services.
Au-delà des controverses, cette évolution pose la question de la capacité de la justice pénale à répondre aux attentes des justiciables tout en garantissant les droits des personnes mises en cause.
« La détention provisoire doit redevenir […] l’exception ultime »
L’un des points marquants du discours du procureur spécial concerne la détention provisoire. Cette mesure, qui permet de priver une personne de liberté avant le jugement définitif de son affaire, ne devrait pas devenir une réponse automatique à l’engagement de poursuites pénales.
Sur ce point, Mario Mètonou a défendu une approche privilégiant le caractère exceptionnel de l’incarcération avant jugement, dans le respect des conditions prévues par la loi.
« La détention provisoire doit redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’exception ultime », a-t-il déclaré.
Cette prise de position remet au premier plan des principes essentiels du procès pénal, notamment la présomption d’innocence et le respect des droits de la défense. Une personne poursuivie ne saurait être considérée comme coupable avant que sa culpabilité ait été légalement établie.
L’enjeu consiste donc à éviter que la privation de liberté avant jugement ne devienne systématique, tout en préservant les moyens nécessaires au bon déroulement des procédures et à l’efficacité de la justice.
Fermeté judiciaire et dignité humaine : un équilibre à préserver
Face aux critiques visant la sévérité du parquet spécial, le procureur n’a pas défendu un abandon de la répression. Il a plutôt insisté sur la nécessité de concilier la lutte contre les infractions relevant de la compétence de la CRIET avec la protection des libertés individuelles.
Pour illustrer cette exigence, il a déclaré : « Nous devons tenir d’une main de fer le glaive de l’efficacité répressive, tout en élevant de l’autre, comme un sanctuaire inviolable, le bouclier des droits fondamentaux et de la dignité humaine ».
Cette formule résume l’orientation défendue dans son discours : une justice ferme face aux infractions, mais attentive aux garanties fondamentales qui doivent encadrer toute procédure pénale.
La rigueur judiciaire ne saurait ainsi se confondre avec une sévérité systématique. Elle suppose, au contraire, une appréciation des faits, des circonstances propres à chaque dossier et des règles applicables, sans préjuger de la culpabilité des personnes poursuivies.
La proportionnalité des peines au cœur de la réflexion
Le procureur spécial a également mis en avant la question de la proportionnalité des peines. La réponse pénale, selon l’approche exposée lors de cette rentrée solennelle, ne peut être appréciée uniquement à l’aune du nombre de condamnations prononcées ou de la durée des peines requises.
La qualité de la justice dépend aussi de sa capacité à individualiser la réponse apportée à chaque affaire, dans le respect de la loi et des droits des justiciables.
Cette exigence implique de distinguer la nécessité de sanctionner les infractions de l’application uniforme de mesures privatives de liberté. Elle invite également à considérer les garanties procédurales comme une composante essentielle de l’efficacité judiciaire, plutôt que comme un obstacle à la répression.
En plaçant l’humanisation de la justice pénale au centre de cette nouvelle année judiciaire, la CRIET ouvre ainsi une réflexion sur les pratiques de poursuite, le recours à la détention provisoire et la proportionnalité de la réponse pénale.
Reste désormais à voir comment les orientations défendues par le procureur spécial se traduiront dans la pratique judiciaire. Car l’équilibre entre efficacité répressive, respect des droits humains et dignité des justiciables constitue l’un des défis majeurs d’une justice pénale soucieuse de conjuguer autorité de la loi et protection des libertés.



