Alors que le parquet réclamait la peine de mort, la justice kényane a opté pour une condamnation à 200 ans de réclusion. La juge estime qu’une exécution aurait pu être perçue comme une forme de victoire par le prédicateur, convaincu que la mort ouvre les portes du paradis.
La justice kényane a prononcé une lourde sanction contre Paul Nthenge Mackenzie, le prédicateur à l’origine de l’une des tragédies les plus meurtrières liées à une secte religieuse en Afrique. Le vendredi 6 novembre 2026, la Haute Cour de Mombasa l’a condamné à 200 ans de prison pour son implication dans la mort de 191 personnes, dont 190 enfants, dans la forêt de Shakahola.
Le verdict a été rendu par la juge Diana Kavedza Mochache, après la condamnation du prédicateur et de 28 autres coaccusés, le 19 octobre dernier. Fondateur de l’Église Good News International, Paul Mackenzie était poursuivi pour avoir entraîné ses adeptes dans un système de jeûne extrême, présenté comme un moyen de rencontrer Jésus-Christ et d’accéder au paradis.
Selon les conclusions retenues par la justice, les victimes avaient été conduites dans la forêt de Shakahola, où elles étaient soumises à des pratiques de privation alimentaire organisées. Les enfants figuraient parmi les premières victimes. Plusieurs personnes qui tentaient de résister auraient également été victimes de violences physiques, de suffocation ou d’étranglement.
Pourquoi la juge a écarté la peine de mort
L’un des aspects les plus marquants de cette décision réside dans les raisons avancées par la magistrate pour ne pas retenir la peine capitale, pourtant réclamée par le parquet.
La juge Diana Kavedza Mochache a estimé qu’exécuter Paul Mackenzie aurait pu produire l’effet inverse de celui recherché par la justice. En effet, le prédicateur et ses adeptes adhéraient à une doctrine selon laquelle la mort constituait un passage vers le paradis et permettait de retrouver Jésus-Christ ainsi que les proches décédés.
Dans cette logique, une condamnation à mort aurait pu être interprétée par le condamné et ses disciples comme une forme d’accomplissement spirituel, voire de victoire ou de martyre.
Pour la magistrate, une telle issue n’aurait donc pas nécessairement eu l’effet dissuasif attendu. Elle a privilégié une longue peine d’emprisonnement, qui oblige le condamné à vivre avec les conséquences de ses actes et à répondre durablement de ses responsabilités.
La juge a également évoqué la possibilité d’une réhabilitation à travers des programmes de déradicalisation. Le maintien du prédicateur en vie pourrait, en outre, permettre aux enquêteurs d’obtenir des informations supplémentaires sur les victimes dont les dépouilles n’ont pas encore été identifiées ou localisées.
Une double condamnation de 100 ans
La peine de 200 ans infligée à Paul Mackenzie résulte de deux condamnations distinctes de 100 ans chacune, prononcées pour les différentes catégories de meurtres retenues contre lui. Les peines doivent être exécutées successivement.
La première sanction concerne les décès liés à la privation alimentaire, tandis que la seconde porte sur les victimes mortes à la suite d’homicides directs.
Ses 28 coaccusés ont également été condamnés à des peines de prison comprises entre 10 et 160 ans, en fonction de leur degré de responsabilité dans les faits. Smart Mwakalama, présenté comme son pasteur adjoint, figure parmi les condamnés avec une peine de 160 ans.
Le drame de Shakahola, une tragédie qui a bouleversé le Kenya
L’affaire avait éclaté au grand jour en avril 2023, lorsque les autorités kényanes avaient commencé à découvrir des fosses communes dans la forêt de Shakahola, située dans le comté de Kilifi, près de la ville côtière de Malindi.
Les investigations avaient révélé l’existence d’un vaste système d’endoctrinement religieux autour de Paul Mackenzie. Ses adeptes étaient convaincus que le jeûne extrême leur permettrait d’échapper à la fin du monde et d’accéder au salut éternel.
Au total, plus de 400 corps ont été exhumés dans cette zone. Les 191 victimes concernées par le procès pour meurtre ayant abouti à la condamnation du prédicateur comprennent 190 enfants et un adulte. De nombreuses dépouilles restent difficiles à identifier.
Paul Mackenzie avait contesté les accusations, niant avoir contraint ses fidèles à mourir de faim. La justice a toutefois retenu sa responsabilité principale dans l’organisation du système ayant conduit à ces décès.
Le prédicateur devra également répondre d’autres accusations dans des procédures distinctes, notamment pour des faits liés au terrorisme, à l’homicide involontaire et à la torture. Son avocat a annoncé son intention de faire appel de la condamnation.
Avec cette peine exceptionnelle, la justice kényane entend sanctionner un drame humain d’une ampleur considérable, tout en évitant qu’une exécution puisse être récupérée par l’idéologie même qui a conduit à la mort de centaines de personnes.
Sources : Reuters, Associated Press et Deutsche Welle, publications du 6 novembre 2026. Reuters +3



