L’interpellation de Candide Azannaï, ancien ministre délégué à la Défense et figure singulière de la scène politique béninoise, ce vendredi à Cotonou dans le cadre d’une enquête n’a pas seulement créé un choc dans l’opinion. Elle a également remis au goût du jour les nombreuses controverses entourant celui que certains, dans l’opposition même, qualifient depuis longtemps de “mystère politique”, voire d’“espion infiltré”, en raison de sa liberté de ton apparemment sans conséquence judiciaire.
Un opposant à la rhétorique guerrière… mais rarement inquiété
Depuis son départ du gouvernement de Patrice Talon, Candide Azannaï s’est construit une réputation d’opposant radical, utilisant un vocabulaire souvent perçu comme belliciste. Plusieurs de ses déclarations, devenues virales au fil des ans, sont régulièrement citées comme preuves de son tempérament explosif. Parmi les plus retentissantes, on peut rappeler :
« Nous ferons face par tous les moyens ! », avait-il lancé lors d’un meeting, en réponse à ce qu’il appelait “les dérives autoritaires du régime”.
« Si le pouvoir veut la confrontation, il l’aura ! », une phrase prononcée en 2023, largement commentée et reprise par ses adversaires.
« Un régime de terreur ne se combat pas avec des caresses mais avec résistance et contre-attaque. »
Ou encore « Quand la peur change de camp, le pouvoir tremble ! », une expression qu’il répétait souvent pour galvaniser ses partisans.
Des mots crus, percutants, parfois interprétés comme des appels à l’insurrection — mais qui, paradoxalement, ne lui ont presque jamais valu de poursuites judiciaires, contrairement à d’autres opposants.
Pourquoi Azannaï n’a-t-il jamais été inquiété ? La question qui dérange
Cette particularité nourrit, depuis plusieurs années, une théorie persistante : Candide Azannaï serait “toléré” par le pouvoir, voire instrumentalisé pour fragiliser l’opposition, en occupant un espace contestataire sans jamais franchir la ligne rouge de la répression étatique.
Certains responsables politiques, sans preuves formelles, affirment que ses prises de position tonitruantes serviraient davantage de soupape médiatique que de réelle menace pour le régime. Plusieurs voix dans l’opposition ne cachent pas leurs suspicions :
« Il crie plus fort que tout le monde, mais il n’est jamais touché. Cela interroge. »
« Un opposant qui insulte le pouvoir chaque semaine sans être inquiété, c’est inédit au Bénin. »
L’arrestation de ce vendredi vient donc briser, pour la première fois, un “privilège” que beaucoup lui reprochaient.
Une arrestation au parfum politique
Selon des sources sécuritaires, l’interpellation de l’ancien ministre s’inscrit dans la vaste série d’enquêtes ouvertes après la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Les autorités chercheraient à clarifier son rôle, ses contacts récents et certaines communications jugées sensibles.
Toutefois, pour nombre d’observateurs politiques, cette arrestation revêt une dimension symbolique : elle marque un tournant dans la relation ambiguë entre Azannaï et le pouvoir. Un virage qui, d’une certaine manière, valide le fait que ses propos n’étaient peut-être pas que de la gesticulation politique.
La fin d’un mythe politique ?
Avec cette arrestation, l’image de Candide Azannaï se trouve reconfigurée. D’opposant surprotégé”, il devient désormais un acteur au cœur d’une enquête nationale d’envergure. Ses déclarations intempestives, longtemps interprétées comme de simples outrances rhétoriques, pourraient aujourd’hui peser différemment dans l’analyse des enquêteurs.
Quoi qu’il advienne, une chose est certaine : cette interpellation ouvre un nouveau chapitre dans la tumultueuse carrière de Candide Azannaï, et nourrit un débat qui ne cesse de diviser la classe politique béninoise.






