Dans le département des Collines, la pénurie de l’essence frelatée, communément appelée « kpayo », prend désormais des allures de crise sociale. Selon des informations relayées par Mediapart, à Dassa-Zoumé et dans ses environs, ce carburant informel, pourtant vital pour des milliers de travailleurs, se fait de plus en plus rare et cher. Son prix, autrefois considéré comme accessible, flambe aujourd’hui entre 700 et 1 000 FCFA le litre, selon les localités et les circuits d’approvisionnement.
Le contraste est saisissant avec les grandes villes du sud du pays. À Cotonou, le litre de kpayo se négocie encore autour de 600 FCFA. Mais dans les zones rurales des Collines, notamment à Dassa-Zoumé, Savalou et leurs périphéries, la situation est tout autre : le produit se raréfie, et son coût devient prohibitif, parfois même supérieur à celui de l’essence vendue dans les stations officielles.
Dassa-Zoumé, cœur d’une crise silencieuse
À Dassa-Zoumé, considérée comme l’épicentre de cette flambée, la tension est palpable. Devant les rares points de vente encore en activité, les files d’attente s’allongent, les bidons se font discrets et les revendeurs rationnent leurs stocks.
Les conducteurs de taxis-motos, les commerçants ambulants et les travailleurs du secteur informel, qui dépendent presque exclusivement du kpayo, voient leurs activités gravement menacées.
« Hier encore, on achetait le litre à 750 FCFA près du marché central. Aujourd’hui, on nous le propose à 1 000 FCFA, et encore quand on a la chance d’en trouver », témoigne Alexis Koutoulè, transporteur depuis plus de dix ans.
« À ce rythme, beaucoup vont garer leurs motos. On ne peut plus couvrir nos dépenses », ajoute-t-il.
Un effet domino sur le coût de la vie
Cette flambée du prix du carburant informel se répercute directement sur le coût du transport, mais aussi sur les prix des denrées alimentaires et des services. Les populations, déjà fragilisées par la cherté de la vie, se retrouvent prises dans un véritable étau : moins de carburant, plus de dépenses, et des revenus qui stagnent.
Pour de nombreux ménages, le kpayo reste la seule alternative, faute de stations-service à proximité ou de moyens suffisants pour s’approvisionner en carburant officiel.
Des causes multiples, une urgence sociale
Selon plusieurs revendeurs interrogés, cette crise serait liée à une combinaison de facteurs :
le renforcement des contrôles routiers,
la baisse des arrivages en provenance des zones frontalières,
et une demande en forte hausse dans les zones enclavées.
Résultat : un marché informel sous tension, où la spéculation prospère et où l’accès à l’énergie devient un luxe pour les plus modestes.
Un appel pressant aux autorités
Face à cette situation, les usagers lancent un appel urgent aux autorités locales et nationales afin que des solutions durables soient trouvées. Ils réclament notamment un meilleur maillage des stations-service, des mécanismes de stabilisation des prix et une politique énergétique plus inclusive pour les zones rurales.
Dans les Collines, la crise du kpayo dépasse désormais le simple cadre du carburant. Elle révèle la fragilité d’un système économique local suspendu à un marché informel devenu incontrôlable.
Si rien n’est fait, c’est toute une région qui risque de ralentir, voire de s’arrêter.






