Ce mercredi 11 février marque le démarrage officiel du processus d’installation des nouveaux exécutifs dans les communes, à la suite des élections locales. Dans les jours à venir, les conseils municipaux fraîchement élus procéderont à la désignation de leurs maires, adjoints et chefs d’arrondissement, ouvrant ainsi une nouvelle ère pour la gouvernance locale au Bénin.
Mais derrière cette étape institutionnelle majeure, une réforme continue de diviser et d’inquiéter : l’instauration des secrétaires exécutifs dans les mairies, prévue par la loi n°2021-14 du 20 décembre 2021 portant Code de l’administration territoriale. Présentée comme un instrument de modernisation de l’administration communale, cette réforme apparaît aujourd’hui, pour de nombreux élus et citoyens, comme un frein sérieux à la décentralisation effective.
Une réforme aux intentions louables, mais aux effets controversés
À l’origine, l’objectif était de séparer clairement les fonctions politiques des fonctions techniques au sein des communes. C’est dans ce cadre qu’a été créée la fonction de secrétaire exécutif (SE), installé dans chacune des 77 mairies, avec pour missions principales la gestion administrative, financière et matérielle, ainsi que la coordination des services municipaux.
Sur le papier, le dispositif se veut rationnel et moderne. Mais dans la pratique, les pouvoirs étendus confiés aux secrétaires exécutifs ont profondément déséquilibré l’architecture institutionnelle locale, au détriment des élus.
Un affaiblissement du maire élu
La principale faiblesse de la réforme réside dans la dilution de l’autorité du maire, pourtant légitimé par le suffrage. En confiant au secrétaire exécutif des attributions clés — finances, marchés publics, gestion des services —, le maire se retrouve parfois réduit à un rôle protocolaire, sans véritable maîtrise des leviers de décision.
Cette situation pose un problème démocratique majeur :
celui qui est élu ne gouverne pas pleinement, et celui qui gouverne n’est pas élu.
Des conflits et des blocages dans les communes
Dans plusieurs municipalités, la coexistence entre maires et secrétaires exécutifs a engendré des conflits ouverts, des rivalités d’autorité et des blocages administratifs. Ces tensions ralentissent la mise en œuvre des projets, fragilisent les équipes municipales et pénalisent directement les populations.
Au lieu de renforcer l’efficacité, la réforme a parfois instauré un climat de méfiance et de paralysie dans les mairies.
Un déficit de responsabilité démocratique
Autre faiblesse majeure : le secrétaire exécutif n’est pas redevable devant les citoyens. Il ne subit ni sanction électorale ni contrôle populaire direct. Cette absence d’imputabilité crée un déséquilibre grave dans la chaîne de responsabilité, alors même que les décisions communales affectent directement la vie quotidienne des populations.
Une gouvernance déconnectée du terrain
En concentrant la gestion entre les mains d’un haut fonctionnaire, la réforme risque également de déconnecter l’action municipale des réalités locales. Or, le développement communal repose sur la proximité, l’écoute et la compréhension fine des besoins spécifiques des quartiers et des villages.
Pour une décentralisation réelle et non administrative
À l’heure où les nouveaux exécutifs communaux entrent en fonction, le débat sur les secrétaires exécutifs doit être rouvert. Les maires doivent pouvoir exercer pleinement les responsabilités pour lesquelles ils ont été choisis : planifier, décider, gérer et rendre compte devant leurs concitoyens.
De plus en plus de voix s’élèvent pour exiger l’annulation pure et simple de cette fonction dans les mairies, afin de restaurer l’autorité de l’élu local et renforcer la démocratie à la base.
Car la décentralisation ne doit pas être une façade administrative, mais un véritable transfert de pouvoir au profit des communautés locales.
Ce 11 février ne marque donc pas seulement le début d’un nouveau mandat communal. Il ouvre aussi le chantier d’une réflexion profonde sur le modèle de gouvernance locale que mérite le Bénin.






