L’issue des scrutins couplés du 11 janvier 2026 a révélé avec éclat les performances de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R) et du Bloc Républicain (BR) sur l’ensemble du territoire national. À travers les résultats enregistrés dans les 77 communes du Bénin, ces deux formations politiques ont démontré un enracinement solide et une capacité de mobilisation qui confirment leur domination sur l’échiquier politique national.
Cette démonstration de force traduit, pour nombre d’observateurs, l’efficacité de la réforme du système partisan engagée sous la présidence de Patrice Talon. Conçue pour rationaliser la vie politique et renforcer les grands partis, cette réforme semble avoir atteint un niveau de maturité qui confère aujourd’hui à ces formations une assise électorale difficilement contestable.
Cependant, depuis quelques semaines, un phénomène attire l’attention : la multiplication de clubs électoraux, fan-clubs et mouvements de soutien en faveur des candidats de la majorité présidentielle. Cette dynamique, observée à travers plusieurs initiatives locales, soulève des interrogations, d’autant plus que les candidats soutenus semblent déjà bénéficier d’un rapport de force politique largement favorable.
Pour certains citoyens, ces initiatives auraient été plus compréhensibles si elles visaient à soutenir le duo porté par les Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), composé de Paul Hounkpè et de Rock Hounwanou. Après les résultats mitigés enregistrés lors des législatives et des élections communales du 11 janvier, une telle stratégie aurait pu se justifier par la volonté de redynamiser la mobilisation électorale et de repositionner l’opposition dans la compétition politique.
Or, à la surprise de certains observateurs, ce sont plutôt les partisans du duo Romuald Wadagni – Mariam Chabi Talata, pressenti pour porter les couleurs de la majorité présidentielle à la présidentielle du 12 avril 2026, qui multiplient ces initiatives. Pour une partie de l’opinion, cette situation donne l’impression d’un duel politique déséquilibré, comparable à un affrontement entre un poids lourd et un poids plume sur le ring politique.
Dans les milieux proches de la majorité, une autre lecture est toutefois avancée. Selon certaines sources, la création de ces clubs et mouvements de soutien relèverait d’une stratégie de campagne destinée à améliorer le taux de participation électorale. Lors des derniers scrutins, le taux d’abstention a en effet dépassé les 64 %, un niveau qui préoccupe plusieurs acteurs politiques.
Ainsi, à travers les émissions radiophoniques, les réseaux sociaux et les interviews accordées à la presse, certains responsables politiques expliquent que ces initiatives visent avant tout à mobiliser davantage les citoyens autour du processus électoral. L’objectif serait double : susciter une participation plus massive et offrir au futur vainqueur une légitimité populaire encore plus forte, démontrant une adhésion nationale allant du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, y compris au sein de la diaspora béninoise.
Qu’il s’agisse de renforcer l’image d’un président largement plébiscité ou de réduire sensiblement le taux d’abstention, cette stratégie soulève néanmoins une question fondamentale : celle du statut et du rôle des clubs et mouvements de soutien dans un contexte de consolidation du système partisan.
En effet, avant la réforme politique, ces structures avaient souvent pour vocation de porter des candidatures indépendantes à l’élection présidentielle. L’histoire politique récente du Bénin en offre une illustration marquante. En 2016, alors que peu d’acteurs croyaient à la victoire de Patrice Talon, des clubs et mouvements citoyens avaient émergé pour structurer une dynamique de mobilisation et de communication. À l’époque, des figures politiques telles que Candide Azannaï et Oswald Homeky avaient contribué, à travers ces initiatives et une stratégie de communication innovante, à surprendre une grande partie de la classe politique.
Aujourd’hui, dans un contexte marqué par la consolidation des grands partis, la résurgence de ces mouvements doit être analysée sous un angle juridique et institutionnel nouveau. Plusieurs observateurs estiment qu’il serait opportun que les députés se penchent sur cette question lors d’une prochaine révision du Code électoral.
L’enjeu serait d’introduire une disposition légale encadrant clairement l’existence et les activités des clubs et mouvements de soutien. Une telle innovation permettrait d’éviter toute confusion entre les partis politiques légalement constitués — désormais appelés à porter les candidatures présidentielles — et ces structures citoyennes qui, dans le passé, proliféraient parfois de manière anarchique.
Les députés de la 10ᵉ législature sont ainsi interpellés par une frange importante de l’opinion publique afin de clarifier cette situation. En corrigeant certaines zones d’ombre du cadre juridique, ils pourraient contribuer à préserver l’esprit de la réforme du système partisan tout en reconnaissant l’utilité de certaines formes de mobilisation citoyenne.
Au-delà du débat politique immédiat, la question renvoie à un enjeu plus large : consolider durablement le modèle partisan béninois pour qu’il s’inspire des standards observés dans les grandes démocraties. Autrement dit, éviter que les habitudes du passé — caractérisées par la prolifération incontrôlée de clubs et mouvements — ne fragilisent une réforme qui vise précisément à structurer et à moderniser la vie politique nationale.
Amédée Éric DJOSSOU






