Le commissaire de police Landry Delcoz Kindjanhoundé a comparu ce lundi devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), pour répondre des faits liés à une vidéo qu’il a diffusée sur les réseaux sociaux et qui a provoqué une onde de choc politique et judiciaire au Bénin.
Un prévenu très attendu à la barre
Arrêté et placé sous mandat de dépôt à la suite du coup d’État déjoué visant le chef de l’État en décembre dernier, le commissaire a été présenté à la Cour spéciale en milieu d’après-midi. Convoqué en tenue traditionnelle blanche, rehaussée d’un gilet de prisonnier, il s’est présenté devant les juges pour la première audience de ce dossier particulièrement sensible.
Les accusations portées contre le haut gradé de la police sont lourdes : harcèlement via internet, incitation à la haine, incitation à la rébellion et détention illégale d’arme à feu. Le parquet spécial lui reproche notamment d’avoir appelé, dans une vidéo largement relayée, à un soulèvement contre le président de la République, M. Patrice Talon, allant jusqu’à l’accuser de complicité avec des groupes terroristes.
Plaidoyer et explications du commissaire
À la barre, M. Kindjanhoundé a d’abord retracé son parcours professionnel. Recruté dans l’armée en 2014, il a ensuite intégré la gendarmerie avant d’être intégré à la police républicaine suite à la fusion des forces de sécurité.
Interrogé sur la vidéo litigieuse, le commissaire a reconnu en être l’auteur. Selon lui, il a appelé le peuple béninois « à une révolution démocratique », affirmant avoir agi « en qualité de simple citoyen ». Cette explication a immédiatement suscité des réactions des magistrats, qui l’ont interpellé sur le fait qu’il apparaissait en tenue officielle dans la vidéo, ce qui, selon eux, contredit l’idée d’un acte purement privé.
Lors des échanges avec la Cour, Kindjanhoundé a mentionné les raisons profondes qui l’auraient poussé à faire cette vidéo. Il a notamment évoqué son expérience sur le terrain dans la lutte contre le terrorisme au Bénin, et la perte de camarades, qu’il dit avoir vues comme une source d’inspiration tragique pour son geste.
Le commissaire a par ailleurs expliqué avoir tenté, sans succès, de saisir sa hiérarchie par des notes et fiches pour exprimer ses préoccupations, sans qu’aucune réponse ne lui soit apportée.
Débat judiciaire et renvoi de l’affaire
Les débats devant la CRIET ont été intenses, avec des questions précises du président sur la légitimité d’un agent de l’ordre à appeler à la révolte alors qu’il porte un uniforme. Sur certains comptes rendus, il aurait plaidé non coupable des faits qui lui sont reprochés, s’efforçant de justifier ses actes dans le contexte de son vécu personnel et professionnel.
Après une trentaine de minutes d’audience, le ministère public a demandé le renvoi de l’affaire pour permettre la continuation des débats et l’approfondissement des explications du prévenu. La Cour a fait droit à cette requête et renvoyé l’affaire au lundi 20 avril 2026, invitant Kindjanhoundé à exposer de manière plus complète les motivations qui ont conduit à la publication de la vidéo.
Un procès qui touche la stabilité nationale
L’ouverture de ce procès intervient dans un climat politique déjà tendu au Bénin, à quelques mois de la présidentielle prévue en avril. L’affaire soulève des questions sensibles sur la liberté d’expression, la discipline dans les rangs des forces de sécurité et la manière dont les autorités traitent les appels publics à la désobéissance ou à la rébellion.






