Alors que l’Inde se présente comme une des économies émergentes du XXIᵉ siècle, un fléau persistant continue de hanter certaines de ses régions rurales : la chasse aux sorcières. Depuis l’an 2000, plus de 2 500 femmes ont été tuées après avoir été accusées de sorcellerie, selon des données officielles du National Crime Records Bureau (NCRB) compilées à partir des registres policiers.
Un phénomène enraciné dans la superstition et les inégalités
Dans de nombreuses zones rurales reculées, des croyances anciennes assimilent encore des malheurs — maladie, mort d’un proche, mauvaises récoltes — à l’action de forces occultes ou de « sorcières ». Ces croyances se mêlent souvent à des structures sociales profondément patriarcales, où les femmes, surtout si elles sont célibataires, veuves, âgées ou socialement vulnérables, deviennent des boucs émissaires.
Des « experts » traditionnels appelés ojhas sont parfois appelés pour « identifier » les soi-disant sorcières. Une fois accusées, ces femmes peuvent faire face à des agressions, à l’ostracisme, à la violence physique, voire à la mort aux mains de leurs voisins ou de leur propre communauté.
Des chiffres qui ne racontent qu’une partie de l’histoire
Selon les statistiques officielles disponibles :
Entre 2000 et 2016, plus de 2 500 personnes, pour la plupart des femmes, ont été assassinées par des accusations de sorcellerie dans tout le pays.
Des experts estiment cependant que ces chiffres sont probablement sous-estimés, car beaucoup de cas ne sont jamais signalés aux autorités ou sont mal classés dans les rapports.
Au cours des dernières années, les autorités ont aussi enregistré des centaines d’autres homicides chaque année liés à ces accusations, soulignant que ce phénomène n’a pas disparu.
Législation et résistances sociales
Face à cette violence, plusieurs États indiens ont adopté des lois spéciales contre la sorcellerie et la chasse aux sorcières, notamment dans des régions comme le Jharkhand ou le Bihar. Ces lois visent à décourager les accusations et à sanctionner les persécuteurs.
Pourtant, l’application reste souvent limitée. La pauvreté, le faible niveau d’éducation, l’absence d’accès à des services sociaux et la persistance de croyances superstitieuses dans certaines communautés entravent l’efficacité des mesures légales. Les activistes soulignent que changer les mentalités au niveau communautaire est essentiel pour briser le cycle de violence.
Un appel à l’action sociale et éducative
Des organisations de défense des droits des femmes et des universitaires appellent à des campagnes d’éducation et à une prise de conscience collective. Ils estiment que les lois seules ne suffiront pas sans un changement culturel profond et un soutien aux victimes, incluant la protection, l’aide juridique et la réhabilitation sociale.






