L’annonce de la délocalisation progressive du marché Dantokpa continue de susciter de vives préoccupations à Cotonou. Si les commerçants restent les premiers concernés par cette vaste réforme engagée par les autorités, d’autres catégories socioprofessionnelles redoutent également de lourdes conséquences économiques. Parmi elles figurent les conducteurs de minibus urbains, communément appelés « Tokpa-tokpa », dont les activités dépendent fortement de l’affluence quotidienne autour du plus grand marché du Bénin.
Véritable cœur économique de Cotonou depuis plusieurs décennies, Dantokpa fait vivre bien au-delà des seuls vendeurs. Conducteurs de taxi-motos, débardeurs, portefaix, restauratrices, chargeurs et transporteurs tirent l’essentiel de leurs revenus des mouvements permanents de clients et de marchandises autour du site. Avec le transfert annoncé des activités commerciales vers de nouveaux pôles marchands modernes, plusieurs de ces acteurs craignent aujourd’hui une désorganisation de leur quotidien et une baisse importante de leurs recettes.
Les conducteurs de « Tokpa-tokpa » figurent parmi les plus inquiets. Chaque jour, des milliers de passagers empruntent ces minibus pour rallier Dantokpa depuis divers quartiers de Cotonou et des communes voisines. Pour beaucoup de conducteurs, le marché constitue le principal point de concentration des voyageurs et donc leur principale source de revenus.
« Toute notre activité tourne autour de Dantokpa. Si le marché est déplacé, il faudra forcément revoir nos itinéraires et nos habitudes », confie un conducteur rencontré aux abords du marché. D’autres craignent surtout une diminution du flux de passagers, notamment durant les premiers mois de transition.
Cette inquiétude grandit alors que le gouvernement béninois accélère la mise en œuvre du projet de relocalisation du marché. Selon les informations communiquées par l’Agence nationale de gestion des marchés (ANaGeM), les commerçants seront progressivement installés sur de nouveaux sites modernes, notamment le pôle commercial Général Mathieu Kérékou, rebaptisé « Tokpa Yoyo », ainsi que le pôle agroalimentaire d’Akassato devenu « Tokpa Daho ».
Les autorités présentent cette réforme comme une étape majeure dans la modernisation des infrastructures marchandes du pays. Le projet vise notamment à réduire l’encombrement du centre-ville de Cotonou, améliorer la sécurité, limiter les risques d’incendie et offrir des espaces commerciaux plus adaptés aux normes modernes.
Mais sur le terrain, plusieurs acteurs du transport estiment ne pas être suffisamment associés aux réflexions sur les impacts sociaux de cette transformation. Certains appellent déjà à la mise en place de nouvelles lignes de desserte vers les futurs sites afin de limiter les pertes d’activités.
Au-delà des inquiétudes, beaucoup reconnaissent toutefois que la modernisation de Dantokpa apparaît inévitable face aux problèmes récurrents de congestion et d’insécurité observés depuis des années. Reste désormais à savoir comment cette transition sera gérée afin d’éviter une fragilisation des milliers de travailleurs qui vivent indirectement du dynamisme économique du marché.



