Dans le cadre du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet », l’ONG Amicale Pour le Développement Durable (APDD) poursuit son cycle de sensibilisation consacré à la liberté d’expression, à la citoyenneté numérique et à la lutte contre la désinformation. Les dixième, onzième, douzième et treizième sessions, organisées du 4 au 7 septembre 2026 sur Google Meet, ont permis aux participants d’approfondir leurs connaissances sur les mécanismes de la fausse information et les méthodes permettant de la détecter et de la vérifier.
Animées par Faïssol ADENIRAN, expert en liberté d’expression et droit du numérique, ces différentes rencontres ont réuni entre 15 et 21 participants autour de quatre thématiques complémentaires : comprendre la désinformation, reconnaître une fausse information, maîtriser les méthodes de fact-checking et découvrir l’apport de l’intelligence artificielle dans la détection des contenus trompeurs.
Comprendre les mécanismes de la désinformation
Lors du webinaire n°10, consacré au thème « Comprendre la désinformation », l’expert Jean-Jacques SOMAKPO a posé les bases conceptuelles indispensables à l’analyse des contenus qui circulent sur Internet.
Il a notamment établi la distinction entre mésinformation, désinformation et malinformation. La mésinformation correspond à la diffusion d’une information erronée sans intention manifeste de nuire. La désinformation implique, à l’inverse, une volonté délibérée de tromper, tandis que la malinformation repose sur l’utilisation de faits réels, mais détournés de leur contexte dans l’objectif de porter préjudice.
L’expert a également abordé les théories du complot et les deepfakes, ces contenus manipulés ou générés artificiellement qui peuvent donner une apparence crédible à des événements ou propos qui n’ont jamais existé.
À travers une simulation de fausse publication sur les réseaux sociaux, les participants ont appris à repérer plusieurs signaux d’alerte : titres excessivement alarmistes, urgence injustifiée, sources imprécises ou anonymes et absence de contexte vérifiable.
Parmi les réflexes recommandés figurent notamment la consultation des sources institutionnelles, la recherche inversée d’images avec des outils tels que Google Lens et la comparaison des dates de publication afin d’identifier les contenus anciens ou sortis de leur contexte.
Une question portant sur les nombreux avis de disparition relayés sur les réseaux sociaux a également permis de rappeler une règle essentielle : une alerte ne doit pas être automatiquement repartagée sans vérification auprès des sources officielles compétentes.
Reconnaître une fausse information
Le webinaire n°13, animé par le même expert, Jean-Jacques SOMAKPO, a approfondi cette première approche autour du thème « Comment reconnaître une fausse information ».
L’objectif était de permettre aux participants d’aller au-delà du simple constat selon lequel « une information est fausse », en leur donnant une véritable méthode d’analyse.
La formation s’est notamment appuyée sur une typologie en sept formes de contenus trompeurs, attribuée dans le rapport à l’approche développée par First Draft : satire ou parodie, fausse association, contenu trompeur, faux contexte, contenu usurpé, contenu manipulé et contenu fabriqué.
Cette classification permet de comprendre que toutes les fausses informations ne fonctionnent pas de la même manière. Une photographie authentique peut, par exemple, être utilisée dans un contexte totalement différent de celui dans lequel elle a été prise, tandis qu’une image ou une vidéo peut être volontairement modifiée afin de tromper le public.
L’expert a également introduit la méthode SIFT ainsi qu’une grille reposant sur les questions fondamentales à poser avant d’accorder du crédit à une information.
Les échanges ont notamment porté sur l’identification des photographies manipulées. En réponse à une question de Paul ATCHOUKPA, Jean-Jacques SOMAKPO a invité les participants à observer attentivement les incohérences éventuelles de lumière, d’ombres, de détails anatomiques ou de textes, avant de recourir aux outils de recherche inversée.
Le fact-checking comme méthode de travail
Le webinaire n°11, consacré aux méthodes de fact-checking, a permis de passer de l’identification des fausses informations à leur vérification méthodique.
L’expert Jean-Luc ALLABI a expliqué que la vitesse de propagation des contenus sur les réseaux sociaux, le développement des contenus générés par intelligence artificielle et le recyclage de publications anciennes rendent la vérification particulièrement importante.
Sa méthode repose notamment sur quatre étapes : isoler précisément l’affirmation à vérifier, remonter à la source primaire, croiser les informations avec plusieurs sources indépendantes et présenter une conclusion transparente.
La formation a également donné lieu à des démonstrations pratiques. Les participants ont découvert l’utilisation de Google Fact Check Explorer, de TinEye pour la recherche inversée d’images et d’InVID & WeVerify pour l’analyse de contenus vidéo.
Les exercices pratiques ont permis à plusieurs participants, dont Armel et Mounayaton, de tester directement les techniques présentées. Les discussions ont également porté sur les stratégies permettant de dialoguer avec une personne qui diffuse une information erronée, ainsi que sur les différences entre erreur, mauvaise information, désinformation et manipulation.
La méthode SIFT a également été mobilisée pour aider les participants à structurer leur démarche de vérification.
L’intelligence artificielle, un outil à utiliser avec discernement
Le webinaire n°12, animé par Jean-Luc ALLABI, a prolongé cette réflexion en s’intéressant au rôle de l’intelligence artificielle dans la détection de la désinformation.
L’expert a d’abord rappelé que la lutte contre les fausses informations ne relève pas uniquement de la technologie. Plusieurs mécanismes cognitifs peuvent en effet influencer le jugement : biais de confirmation, effet de répétition, réalisme apparent des contenus manipulés et rapidité de circulation des publications.
La présentation a ensuite porté sur quatre grandes familles d’outils utilisant des techniques d’intelligence artificielle : le traitement automatique du langage naturel, la vision par ordinateur, le fact-checking automatisé et l’analyse des réseaux de diffusion.
Les participants ont notamment été familiarisés avec plusieurs solutions numériques, parmi lesquelles Google Fact Check Explorer, InVID & WeVerify, TinEye, TrueMedia, Hoaxy et GPTZero.
Mais l’intervenant a également insisté sur une limite majeure : aucun outil automatisé ne peut être considéré comme infaillible. L’intelligence artificielle peut elle-même produire ou contribuer à la diffusion de contenus trompeurs, ce qui impose de conserver une intervention humaine dans le processus de vérification.
La règle formulée au cours de la session résume cette approche : « L’IA repère les indices, l’humain garde la décision finale. »
La méthode recommandée consiste ainsi à ne pas partager immédiatement une information choquante, à identifier sa source originale, à utiliser un outil numérique pour obtenir un premier signal, à confronter ce résultat à une source humaine indépendante et fiable et à prendre en compte ses propres biais avant de tirer une conclusion.
Une pédagogie participative et inclusive
Au-delà des exposés, ces quatre sessions ont été marquées par une forte dimension interactive. Les participants ont été régulièrement invités à analyser des cas pratiques, à tester des outils et à soumettre leurs propres interrogations aux experts.
Les interventions d’Armel GANHOUMETO, Zéfania GOUSSANOU, Paul ATCHOUKPA, Cédric AMOUSSOU, Armel, Mounayaton, Osias et Marina, entre autres, ont contribué à alimenter les échanges autour de situations concrètes rencontrées sur les plateformes numériques.
La démarche pédagogique a également accordé une place importante à l’accessibilité linguistique. À la fin des différentes sessions, Faïssol ADENIRAN a repris et expliqué les principaux enseignements en langue Yoruba, afin de faciliter leur appropriation par les participants.
Former des citoyens numériques plus vigilants
À travers ces quatre rendez-vous, le projet « Ma Voix Compte » poursuit ainsi un objectif central : renforcer chez les jeunes les capacités nécessaires pour exercer leur liberté d’expression de manière responsable dans l’espace numérique.
De la compréhension des mécanismes de la désinformation à l’utilisation d’outils de vérification, en passant par le fact-checking et l’intelligence artificielle, les formations ont progressivement construit une même démarche : s’arrêter, vérifier, croiser les sources et réfléchir avant de partager.
Avec ces sessions, l’APDD poursuit son cycle de 21 webinaires destinés à renforcer la protection et l’expression des jeunes sur Internet, en misant notamment sur l’esprit critique, la maîtrise des outils numériques et la responsabilité dans le partage de l’information
Le présent webinaire est disponible et téléchargeable sur YouTube via le lien :
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