L’installation des nouveaux maires dans les communes du Bénin marque l’ouverture officielle de la 5ᵉ mandature. Un nouveau cycle politique s’enclenche, porteur d’engagements, de promesses et d’attentes fortes des populations. Mais derrière l’enthousiasme du renouvellement se dresse une question devenue centrale : peut-on parler de nouvelle ère communale sans revisiter le statut des secrétaires exécutifs ?
Introduite dans le cadre des réformes de gouvernance impulsées sous le président Patrice Talon, la fonction de secrétaire exécutif visait à professionnaliser l’administration locale, à renforcer la rigueur budgétaire et à limiter les dérives politiciennes dans la gestion des communes. Sur le papier, l’objectif était louable : séparer la fonction politique (le maire) de la gestion technique (le secrétaire exécutif).
Une réforme aux effets pervers
Dans la pratique, cependant, la réforme a révélé plusieurs failles structurelles.
Première faille : la dilution de la responsabilité politique. Le maire, élu par le conseil communal et porteur d’un mandat populaire, se retrouve souvent limité dans ses prérogatives opérationnelles. Les décisions stratégiques sont soumises à l’exécution – et parfois à l’arbitrage – du secrétaire exécutif, détenteur des leviers administratifs et financiers. Résultat : lorsque les projets stagnent ou que les populations expriment leur mécontentement, la responsabilité devient floue.
Deuxième faille : le risque de conflits institutionnels. Dans plusieurs communes, des tensions larvées ou ouvertes ont opposé maires et secrétaires exécutifs. Divergences de priorités, lenteurs administratives, blocages dans la signature des actes ou l’engagement des dépenses : autant de situations qui ont ralenti l’action publique locale.
Troisième faille : une verticalité persistante. Bien que les communes soient censées jouir d’une autonomie administrative, le mode de désignation des secrétaires exécutifs et leur positionnement institutionnel renforcent, de fait, l’influence du pouvoir central sur la gestion locale. Cette configuration interroge l’esprit même de la décentralisation.
Une nouvelle mandature, une nouvelle cohérence
Avec la 5ᵉ mandature qui débute, les cartes sont rebattues sur le plan politique. Les maires nouvellement installés portent des visions renouvelées, des priorités locales et des engagements contractés devant leurs conseillers et leurs administrés. Il serait paradoxal que ces équipes démarrent leur mandat avec des secrétaires exécutifs issus d’une dynamique antérieure, parfois en décalage avec les nouvelles orientations.
La cohérence institutionnelle impose donc une décision claire :
- soit procéder au remplacement systématique des secrétaires exécutifs, afin d’aligner l’administration communale sur les nouveaux exécutifs locaux ;
- soit aller plus loin en supprimant purement et simplement le poste, pour restituer au maire la plénitude de l’exécutif communal.
Car il est difficilement concevable qu’un maire puisse être jugé sur son bilan alors qu’il ne dispose pas de la maîtrise intégrale des instruments d’action. La démocratie locale suppose que celui qui porte la vision ait aussi les moyens de la mettre en œuvre.
L’urgence d’une clarification nationale
Le statu quo serait une erreur. Maintenir les secrétaires exécutifs en place sans réévaluation reviendrait à fragiliser le démarrage de la 5ᵉ mandature. Or, les communes ont besoin d’efficacité immédiate : relance des chantiers, gestion des infrastructures, mobilisation des ressources locales, amélioration des services sociaux de base.
Il devient donc urgent que le gouvernement et le législateur ouvrent un débat national sur l’avenir de cette fonction. La réforme, en son temps, avait une ambition : professionnaliser. Aujourd’hui, l’expérience accumulée impose un bilan lucide.
La 5ᵉ mandature ne doit pas être une simple alternance de personnes. Elle doit être l’occasion d’un ajustement structurel. Changer les maires sans toucher à l’architecture administrative, c’est risquer de reconduire les mêmes blocages.
À défaut de supprimer le poste de secrétaire exécutif, son renouvellement généralisé dans toutes les mairies apparaît comme une exigence de cohérence, d’efficacité et de responsabilité démocratique. Les communes entrent dans un nouveau chapitre ; leurs instruments de gouvernance doivent suivre le même mouvement.






