Ancienne ministre de la Famille sous Boni Yayi, et présidente de l’ONG Dignité féminine, Honorine Hounnonkpè Attikpa salue la décision de grâce présidentielle accordée à plusieurs détenus et invite le chef de l’État Romuald Wadagni à aller plus loin sur le chemin de la réconciliation nationale. Dans une lettre ouverte empreinte de références bibliques, elle plaide pour le dialogue, l’apaisement et une attention accrue aux personnes encore privées de liberté ainsi qu’à leurs familles.
La décision de grâce présidentielle accordée à plusieurs compatriotes détenus suscite des réactions dans l’opinion béninoise. Parmi celles-ci, celle de l’ancienne ministre de la Famille, des Affaires sociales, de la Solidarité nationale, des Handicapés et des Personnes du troisième âge sous le président Boni Yayi, Honorine Hounnonkpè Attikpa, se distingue par son ton à la fois reconnaissant, spirituel et résolument tourné vers la réconciliation.
Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, Romuald Wadagni, l’ancienne membre du gouvernement dit avoir accueilli la mesure avec « joie » et y voit un geste susceptible de dépasser le seul cadre des bénéficiaires directs. Pour elle, certaines décisions politiques peuvent contribuer à restaurer l’espérance collective.
« La miséricorde triomphe du jugement »
Dès l’entame de son message, Honorine Hounnonkpè Attikpa affirme avoir d’abord rendu grâce à Dieu en apprenant la décision présidentielle. Elle s’appuie notamment sur une citation biblique tirée de l’épître de Jacques : « La miséricorde triomphe du jugement ».
Pour l’ancienne ministre, la clémence ne saurait être perçue comme une négation de la justice. Elle estime au contraire qu’elle peut lui donner « un visage humain ».
La grâce présidentielle est, juridiquement, un acte de clémence relevant de la prérogative du chef de l’État. Au Bénin, elle peut prendre une forme individuelle ou collective et intervient pour des personnes ayant fait l’objet d’une condamnation définitive, après avis du Conseil supérieur de la magistrature.
C’est donc dans cette perspective qu’Honorine Hounnonkpè Attikpa considère le geste présidentiel comme une première étape pouvant ouvrir une séquence politique nouvelle.
L’appel à une « grande œuvre » de réconciliation
Au-delà de la mesure elle-même, l’ancienne ministre adresse un message plus large au chef de l’État. Elle l’invite à faire de cette décision le début d’une « grande œuvre » de réconciliation entre les Béninois.
Selon elle, le pays a traversé des périodes de tensions et de blessures et les attentes de la population ne se limiteraient plus à la question de savoir « qui a gagné hier », mais porteraient désormais sur la capacité des dirigeants à rassurer les citoyens quant à leur avenir.
Elle estime ainsi que le véritable enjeu réside dans la reconstruction de la confiance entre les différentes composantes de la société béninoise.
« Notre peuple a soif de réconciliation », écrit-elle, en évoquant les hommes et les femmes qui peuvent encore avoir le sentiment d’avoir été incompris, exclus ou marginalisés en raison de leurs opinions, de leurs engagements ou de leur parcours au service de l’État.
Sans se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence des personnes concernées, elle déplace le débat vers la nécessité de reconstruire le lien national.
Un plaidoyer pour les détenus et leurs familles
L’un des passages les plus sensibles de la lettre concerne les personnes qui demeurent privées de liberté.
Honorine Hounnonkpè Attikpa dit avoir une pensée particulière pour « celles et ceux qui sont loin ou demeurent encore privés de liberté », mais également pour leurs familles qui vivent cette situation dans le silence.
Elle rappelle qu’au-delà des dossiers judiciaires se trouvent des personnes, des familles et des proches qui portent eux aussi les conséquences de l’incarcération.
L’ancienne ministre formule ainsi le souhait que, chaque fois que cela est possible et compatible avec les exigences de la justice, les situations individuelles puissent être examinées « avec un cœur ouvert », dans un esprit de sagesse, d’humanité et de réconciliation.
Cette demande intervient dans un contexte où le ministère de la Justice rappelle que les mesures de grâce et d’aménagement de peine obéissent à des critères légaux précis. Le gouvernement avait par ailleurs mis en garde, en juillet 2026, contre des individus qui réclamaient de l’argent aux détenus ou à leurs familles en échange de prétendues inscriptions sur des listes de bénéficiaires de la grâce présidentielle.
Reconnaissance envers l’héritage de Patrice Talon
La lettre ne se limite pas à une demande de clémence. Honorine Hounnonkpè Attikpa s’attarde également sur la continuité de l’action publique.
Elle reconnaît les progrès réalisés sous le précédent président, Patrice Talon, qu’elle dit saluer et même « applaudir des pieds et des mains ». Elle considère les réalisations de la précédente gouvernance comme un socle sur lequel le nouveau pouvoir peut continuer à bâtir.
Cette prise de position est d’autant plus notable que l’intéressée fut membre du gouvernement de Boni Yayi. Elle revendique néanmoins une lecture qui dépasse les clivages politiques et invite chaque génération de dirigeants à apporter sa contribution à la construction nationale.
Elle salue également les priorités affichées par Romuald Wadagni, notamment la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté, la réduction des inégalités territoriales et le renforcement de la sécurité.
Pour elle, la performance économique et les infrastructures ne constituent toutefois qu’une partie du bilan attendu d’une gouvernance.
« Guérir les blessures » au-delà des performances économiques
Dans sa lettre, l’ancienne ministre développe une conception plus sociale et humaine de l’action présidentielle.
Elle estime que le développement matériel doit être accompagné d’un travail de rapprochement entre les citoyens. « Guérir les blessures, rapprocher les cœurs et faire renaître la confiance », écrit-elle en substance, constitue à ses yeux l’un des grands défis du nouveau mandat.
Elle invite ainsi Romuald Wadagni à inscrire son action dans une logique de rassemblement, afin que chaque citoyen puisse se sentir pleinement membre de la « maison commune » qu’est le Bénin.
Son message est également fortement marqué par sa foi chrétienne. Après la référence à Jacques, elle cite notamment l’Évangile selon Matthieu : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu », ainsi que le livre des Proverbes pour rappeler la responsabilité des dirigeants.
Les femmes au cœur de son message
Autre volet important de sa lettre : la place accordée aux femmes dans la gouvernance.
Forte de son parcours consacré à la promotion de la femme béninoise, notamment à travers son engagement associatif, Honorine Hounnonkpè Attikpa dit apprécier les responsabilités confiées à plusieurs femmes par le nouveau pouvoir.
Elle y voit un signal encourageant pour les jeunes filles et souhaite que cette dynamique se poursuive et s’élargisse.
Son souhait est que les femmes puissent continuer à accéder aux plus hautes responsabilités sur la base de leurs compétences, de leur travail et de leur intégrité.
Le Sénat appelé à devenir un espace de dialogue
L’ancienne ministre élargit enfin son appel à la nouvelle architecture institutionnelle du pays.
Alors que le Bénin vient d’installer son Sénat et de mettre en place son bureau, elle souhaite que cette nouvelle institution soit un espace de dialogue, d’écoute et de rassemblement.
Elle plaide pour que les différentes sensibilités puissent y être respectées et entendues.
Cette référence au Sénat inscrit sa lettre dans une actualité institutionnelle particulièrement importante pour le Bénin, qui vient d’entrer dans une nouvelle phase de son organisation politique.
« Le Président qui aura réconcilié les Béninois »
Au fond, la lettre d’Honorine Hounnonkpè Attikpa constitue moins une simple réaction à la grâce présidentielle qu’un appel au chef de l’État à saisir cette décision comme une opportunité politique et humaine.
Elle invite Romuald Wadagni à ne pas seulement être jugé sur les infrastructures, les réformes ou les performances économiques de son mandat, mais également sur sa capacité à restaurer la confiance et à rapprocher les Béninois.
« Un père ne choisit pas ses enfants préférés », écrit-elle, en appelant le président à veiller sur tous les citoyens, y compris ceux qui se sentent éloignés ou oubliés.
L’ancienne ministre conclut en demandant à Dieu d’accorder au président Wadagni « la sagesse de Salomon », le courage de prendre les décisions justes et l’humilité d’écouter les attentes profondes du peuple.
Un message qui, derrière les formules de respect et les références religieuses, porte donc une ambition claire : faire de la clémence présidentielle non pas un acte isolé, mais le premier jalon d’une nouvelle dynamique de paix, de dialogue et de réconciliation au Bénin.
Lire l’intégralité de la lettre
Lettre ouverte à Son Excellence
Monsieur Romuald Wadagni,
Président de la République du Bénin
Monsieur le Président de la République,
Je me permets de vous adresser ces quelques mots avec respect, sincérité et espérance.
Lorsque j’ai appris votre décision d’accorder la grâce présidentielle à plusieurs de nos compatriotes détenus, mon premier sentiment a été de rendre grâce à Dieu, de bénir le Seigneur. Car il est des décisions qui ne changent pas seulement le destin de ceux qui en bénéficient, mais redonnent aussi de l’espérance à tout un peuple. C’en est une.
Dans la Bible, il est écrit : « La miséricorde triomphe du jugement. » (Jacques 2,13).
Cette parole ne diminue pas la justice ; elle lui donne un visage humain.
Votre décision m’a rappelé cette vérité.
Monsieur le Président,
Le pouvoir est une lourde responsabilité. Oui, gouverner, c’est prendre des décisions difficiles. Mais la force d’un bon dirigeant se mesure aussi à sa capacité à tendre la main, à écouter et à rassembler.
Notre pays a connu des périodes de joie et d’espérance, mais aussi des moments de tensions et de blessures. Aujourd’hui, je crois que les Béninois aspirent moins à savoir qui a gagné hier qu’à être rassurés sur le lendemain.
Je voudrais vous dire, avec le respect dû à votre haute fonction, que votre geste de clémence, je l’ai perçu comme le début d’une grande œuvre.
Notre peuple a soif de réconciliation.
Il existe encore des hommes et des femmes qui portent dans leur cœur le sentiment d’avoir été incompris, exclus ou regardés avec méfiance à cause de leurs opinions, de leurs engagements, ou simplement parce qu’ils ont servi leur pays à un moment donné.
Qu’ils aient eu raison ou tort n’est peut-être plus la seule question. La question est désormais de savoir comment reconstruire, ensemble, la confiance entre tous les enfants du Bénin.
Comme l’a si bien exprimé Nelson Mandela :
« Le pardon libère l’âme ; il fait disparaître la peur. C’est pourquoi le pardon est une arme si puissante. »
Monsieur le Président,
Vous avez aujourd’hui une occasion que l’histoire n’offre pas à tous les chefs d’État : celle d’être non seulement le Président élu des Béninois, mais le Président qui aura réconcilié les Béninois entre eux.
La grandeur d’un dirigeant ne réside pas seulement dans les infrastructures qu’il laisse derrière lui, les réformes qu’il conduit ou les performances économiques qu’il réalise.
À cet égard, il est juste de reconnaître que chaque génération de dirigeants apporte sa pierre à l’édifice national et que les progrès accomplis sous votre prédécesseur, que je salue et que, permettez-moi de le dire avec simplicité, j’applaudis des pieds et des mains, constituent un socle sur lequel votre gouvernance peut continuer de bâtir et aller encore plus loin.
Déjà, les priorités que vous avez fixées dès l’entame de votre mandat, notamment la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté, la réduction des inégalités territoriales et le renforcement de la sécurité, traduisent une volonté claire de répondre aux attentes essentielles de notre peuple et de construire une Nation plus équilibrée, plus stable et plus juste.
Votre engagement à faire en sorte que les progrès économiques se ressentent désormais dans la vie de chaque famille béninoise est particulièrement important.
Mais au-delà des progrès matériels, guérir les blessures, rapprocher les cœurs et faire renaître la confiance entre les filles et les fils d’une même Nation reste, à mes yeux, l’autre grand défi que je souhaite vous voir relever.
Le Seigneur nous rappelle :
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Matthieu 5,9)
Et encore :
« C’est par moi que les rois règnent et que les princes rendent de justes décrets ; par moi gouvernent les chefs et tous les magistrats de la terre. » (Proverbes 8,15-16)
Je formule donc le vœu que ce premier geste, que j’ai personnellement accueilli avec joie et que beaucoup de nos compatriotes ont salué, soit suivi d’autres actes forts : des espaces de dialogue sincère, des paroles qui rassurent, des décisions qui témoignent que chaque Béninoise et chaque Béninois, quelle que soit son histoire ou sa sensibilité, a sa place dans la maison commune qu’est le Bénin, notre chère Nation.
Un père ne choisit pas ses enfants préférés. Il veille sur chacun d’eux, surtout lorsque certains se sentent éloignés ou oubliés. De la même manière, le peuple béninois attend de son Président qu’il soit le garant de la dignité de tous, sans distinction.
Monsieur le Président,
Permettez-moi également de vous dire combien j’ai été sensible à l’attention que vous accordez à la promotion des femmes. Les responsabilités importantes que vous avez confiées à plusieurs d’entre elles sont un signal fort. Elles témoignent de votre confiance dans les compétences féminines et donnent de l’espérance à toutes celles qui croient que le développement du Bénin passe par une participation pleine et entière des femmes aux plus hautes responsabilités.
Ayant consacré une grande partie de ma vie au service de la femme béninoise, notamment à travers mon engagement associatif, je ne peux qu’encourager cette orientation. Je souhaite de tout cœur qu’elle se poursuive, qu’elle s’élargisse et qu’elle inspire toute notre société, afin que chaque jeune fille béninoise puisse croire que son talent, son travail et son intégrité peuvent la conduire au service de la Nation.
Monsieur le Président,
Mon cœur de mère, de sœur, d’amie et de citoyenne tout court dirige par ailleurs ma pensée vers celles et ceux qui sont loin ou demeurent encore privés de liberté, ainsi que vers leurs familles qui portent cette épreuve dans le silence.
Derrière chaque dossier, il y a un visage, une histoire, une mère, un père, des enfants qui espèrent.
Je formule le vœu que, lorsque cela sera possible et conforme aux exigences de la justice, chaque situation puisse être regardée avec un cœur ouvert, dans un esprit de sagesse, d’humanité et de réconciliation.
Je garde une profonde admiration pour toutes les femmes et tous les hommes qui ont servi le Bénin avec courage, chacun selon ses convictions. Nos parcours peuvent nous opposer, nos idées peuvent nous diviser, mais notre amour de la patrie demeure ce qui nous unit.
Je prie chaque jour que Dieu vous accorde la sagesse de Salomon, le courage de prendre les décisions justes et l’humilité d’écouter les attentes profondes de votre peuple.
Par ailleurs, puisque notre République vient de franchir une nouvelle étape avec l’installation du Sénat et l’élection de son bureau, je forme le vœu que cette nouvelle institution soit, elle aussi, un lieu de dialogue, d’écoute et de rassemblement, où chaque sensibilité puisse se sentir respectée et entendue.
Recevez, Monsieur le Président de la République, l’expression de mon profond respect, de ma confiance en votre capacité, ainsi qu’en celle des femmes et des hommes qui vous entourent, à conduire notre pays avec efficacité et esprit de rassemblement.
Je garde également une profonde confiance dans les ressources humaines, morales et spirituelles de notre Nation, et nourris l’ardent désir de voir tous les fils et toutes les filles du Bénin avancer ensemble vers un avenir de paix, de justice et de prospérité.
Honorine Hounnonkpè Attikpa



