Un échange téléphonique discret entre Faure Gnassingbé et Romuald Wadagni pourrait marquer les prémices d’un réchauffement diplomatique entre le Bénin et le Togo. Selon des révélations du média spécialisé Africa Intelligence, le dirigeant togolais aurait personnellement contacté le président béninois nouvellement élu afin de le féliciter après sa victoire à l’élection présidentielle du 12 avril 2026.
Aucune communication officielle n’a toutefois été faite ni par la présidence togolaise ni par l’entourage de Romuald Wadagni. Les circonstances exactes de cet échange restent donc inconnues. Mais dans un contexte de tensions persistantes entre Cotonou et Lomé, cette initiative est déjà interprétée comme un possible signal d’apaisement entre les deux capitales voisines.
Élu avec 94,05 % des suffrages exprimés, selon les résultats proclamés par la Commission électorale nationale autonome (CENA), Romuald Wadagni s’apprête à succéder à Patrice Talon, empêché par la Constitution de briguer un nouveau mandat. Son principal adversaire, Paul Hounkpè, a reconnu sa défaite peu après le scrutin. La Cour constitutionnelle a validé les résultats définitifs le 23 avril 2026.
Ancien ministre de l’Économie et des Finances pendant une décennie, Romuald Wadagni doit être investi le 24 mai 2026 à Cotonou. Il deviendra ainsi le premier chef de l’État élu sous le nouveau format institutionnel instaurant un mandat présidentiel de sept ans renouvelable une seule fois.
Des relations bilatérales fragilisées depuis plusieurs années
L’éventuel contact entre les deux dirigeants intervient alors que les relations entre Bénin et Togo traversent une zone de fortes turbulences diplomatiques. Depuis l’arrivée au pouvoir de Patrice Talon en 2016, plusieurs dossiers sensibles ont progressivement alimenté la méfiance entre les deux pays.
Parmi les épisodes les plus marquants figure l’affaire du cyberactiviste béninois Steve Amoussou, connu sous le pseudonyme de « Frère Hounvi ». Son enlèvement à Lomé en août 2024, suivi de son transfert vers Cotonou par des agents présumés béninois, avait provoqué une vive polémique au Togo.
Autre sujet de crispation : le dossier du lieutenant-colonel Pascal Tigri, présenté par les autorités béninoises comme l’un des acteurs de la tentative de coup d’État déjouée en décembre 2025. Selon Africa Intelligence, Cotonou soupçonnerait un passage de l’officier par le Togo avant son arrivée au Niger, une information jamais officiellement confirmée par Lomé.
À ces différends s’ajoute également le cas sensible de Reckya Madougou, détenue au Bénin depuis 2021 et régulièrement présentée comme proche du pouvoir togolais. Ce dossier demeure l’un des principaux points de friction entre les deux États.
Wadagni, un possible trait d’union entre les deux capitales
À Lomé, l’arrivée de Romuald Wadagni au pouvoir est suivie avec attention. Plusieurs observateurs estiment que son profil pourrait favoriser une reprise du dialogue entre les deux voisins ouest-africains. Selon Africa Intelligence, le président élu entretiendrait des liens anciens avec le Togo, où il aurait effectué une partie de ses études et où résiderait une partie de sa famille.
Avant même son accession à la magistrature suprême, Romuald Wadagni aurait déjà servi de canal discret entre Patrice Talon et Faure Gnassingbé, dans une période marquée par la raréfaction des échanges directs entre les deux chefs d’État.
Sa capacité à impulser un véritable rapprochement pourrait néanmoins dépendre de sa marge de manœuvre politique. Très proche de Patrice Talon, dont il fut l’un des principaux artisans économiques, le futur président béninois hérite également d’un contexte diplomatique particulièrement sensible.
Un enjeu régional majeur
Depuis la réforme constitutionnelle togolaise entrée en vigueur en 2025, Faure Gnassingbé exerce désormais les fonctions de président du Conseil, véritable chef de l’exécutif togolais. Cette réforme, contestée par une partie de l’opposition, a transformé le Togo en régime parlementaire.
Sur le plan régional, le Togo demeure un acteur diplomatique influent au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et dans les discussions impliquant l’Alliance des États du Sahel (AES). Le port de Lomé conserve également une importance stratégique pour plusieurs pays sahéliens enclavés, notamment le Niger.
Liés par une frontière commune, des échanges commerciaux soutenus et de fortes proximités culturelles, le Bénin et le Togo ont tout intérêt à préserver des relations stables. Dans ce contexte, un dégel de l’axe Cotonou-Lomé pourrait rapidement dépasser le simple cadre bilatéral pour devenir un enjeu diplomatique régional majeur.



