Depuis sa création en juillet 2021, l’Institut national de la Femme (INF) est devenu un recours important pour les victimes de violences et de discriminations au Bénin. Plus de 8 000 plaintes ont été enregistrées en cinq ans, dont 1 078 ont déjà abouti à des décisions de justice. Des chiffres qui révèlent à la fois la persistance des violences faites aux femmes et une libération progressive de la parole.
Le phénomène prend de l’ampleur, mais la parole se libère également. Depuis sa mise en place en juillet 2021, l’Institut national de la Femme (INF) a enregistré plus de 8 000 plaintes relatives aux violences et aux discriminations faites aux femmes. L’information a été donnée par la présidente de l’institution, Huguette Bokpè Gnacadja, dimanche 16 août 2026, lors d’une émission sur la Radio nationale.
Derrière cette statistique se dessine une réalité préoccupante : les violences à l’encontre des femmes demeurent nombreuses et prennent des formes diverses. Mais le nombre de plaintes enregistrées peut également être considéré comme un signe d’évolution dans les comportements. De plus en plus de victimes semblent désormais franchir le pas de la dénonciation et solliciter l’intervention des institutions compétentes.
1 078 décisions de justice déjà rendues
Sur l’ensemble des dossiers reçus par l’INF depuis sa création, 1 078 décisions de justice ont déjà été rendues. Ce chiffre donne une première indication du volume de dossiers ayant atteint le stade judiciaire.
Il convient toutefois de ne pas assimiler mécaniquement le nombre de décisions rendues au nombre de plaintes déposées. Les dossiers enregistrés par l’INF peuvent se trouver à différents niveaux de traitement : accueil, écoute, orientation, accompagnement, transmission aux structures compétentes ou procédure judiciaire.
L’indicateur n’en demeure pas moins significatif. Il traduit le rôle croissant de l’institution dans l’accompagnement des victimes et dans leur orientation vers les mécanismes de protection et de justice.
Des plaintes en forte progression
L’évolution du nombre de dénonciations constitue également un élément marquant. Selon Huguette Bokpè Gnacadja, les plaintes enregistrées par l’INF connaissent une progression régulière.
La présidente de l’institution a notamment indiqué qu’entre le dernier trimestre de 2024 et août 2026, les dénonciations ont « littéralement » doublé.
Cette progression mérite une double lecture. Elle peut d’abord traduire la persistance, voire l’ampleur, des violences auxquelles les femmes restent confrontées dans leur vie quotidienne. Mais elle peut aussi témoigner d’un changement profond dans le rapport des victimes au silence.
Autrement dit, l’augmentation des plaintes ne signifie pas nécessairement que les violences ont augmenté dans les mêmes proportions. Elle peut aussi indiquer que davantage de victimes osent désormais parler, dénoncer les faits et rechercher une réponse institutionnelle.
Pour la présidente de l’INF, cette évolution constitue justement un signe encourageant. « Le mode de silence est brisé », a-t-elle déclaré, soulignant notamment que certaines dénonciations sont effectuées par des hommes.
Violences sexuelles, physiques et psychologiques en première ligne
Les dossiers reçus par l’INF couvrent plusieurs catégories de violences. Les000 violences sexuelles figurent parmi les principaux motifs de dénonciation.
À celles-ci s’ajoutent les violences physiques et psychologiques, particulièrement dans les relations conjugales et les environnements domestiques ou intrafamiliaux.
Les conflits familiaux constituent également une part importante des situations signalées à l’institution. Ils concernent notamment les questions liées au paiement des pensions alimentaires, à la garde des enfants et aux responsabilités familiales.
Dans certains dossiers, les personnes mises en cause appartiennent directement au cercle familial de la victime, notamment les conjoints ou les beaux-frères. Une réalité qui souligne la complexité de la lutte contre les violences faites aux femmes, souvent commises dans des espaces où la victime est censée bénéficier de protection.
Le poids des violences économiques et patrimoniales
La violence ne se limite toutefois pas aux atteintes physiques ou sexuelles. L’INF est également confronté à des cas de violences économiques et patrimoniales.
Certaines femmes dénoncent ainsi la confiscation de leurs biens, le contrôle de leurs ressources ou encore des tentatives d’emprise sur leurs revenus. Ces situations peuvent également se manifester dans le cadre professionnel, lorsque le contrôle ou la privation des ressources devient un moyen de domination.
Ces formes de violences, parfois moins visibles que les agressions physiques, peuvent pourtant avoir des conséquences durables sur l’autonomie et la capacité des victimes à se protéger ou à quitter une situation abusive.
De la dénonciation à la justice
Au-delà du nombre de plaintes, l’un des principaux enjeux demeure désormais la capacité du système à assurer un accompagnement efficace et une réponse adaptée aux victimes.
L’INF intervient notamment dans l’accueil, l’écoute, l’orientation et l’accompagnement des femmes confrontées à des violences ou à des discriminations. L’institution constitue ainsi un maillon entre les victimes et les différents mécanismes de protection et de justice.
Les plus de 8 000 plaintes enregistrées depuis 2021 constituent donc un double signal. Elles rappellent, d’un côté, l’ampleur des violences et des discriminations qui persistent dans la société béninoise. Elles montrent, de l’autre, que le silence recule progressivement.
Avec 1 078 décisions de justice déjà rendues, le défi est désormais de poursuivre le traitement des dossiers, de renforcer la protection des victimes et surtout de consolider les actions de prévention.
Car derrière chaque statistique se trouve une histoire individuelle, une victime et, souvent, une décision difficile : celle de sortir du silence. Au Bénin, les chiffres communiqués par l’INF montrent que cette parole, longtemps étouffée, est désormais de plus en plus audible.



