Anselme Amoussou de la CSA-Bénin sur E-Télé: « Nous n’avons aucune garantie », mais les syndicats veulent donner une chance à Wadagni

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Claude Dieudonné ADJIKPA est une figure emblématique de la presse écrite béninoise. Journaliste chevronné et promoteur du journal Palabre au Quotidien et du site d’information palabreauquotidien.bj,...
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Dialogue social, pouvoir d’achat, emploi, libertés syndicales : le secrétaire général de la CSA-Bénin dresse un bilan nuancé des dix années de gouvernance de Patrice Talon et explique pourquoi plusieurs centrales syndicales ont choisi de soutenir Romuald Wadagni. Entre reconnaissance des acquis, critiques du mode de gouvernance et autocritique du mouvement syndical, Anselme Amoussou appelle à l’ouverture d’un nouveau pacte social.

Invité de l’émission L’Entretien du dimanche sur Éden TV, Anselme Amoussou n’a pas choisi la facilité. Au moment où le Bénin tourne la page des dix années de gouvernance de Patrice Talon et entame les premières semaines du mandat de Romuald Wadagni, le secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes du Bénin (CSA-Bénin) livre une lecture à la fois critique et nuancée de la période écoulée.

Le responsable syndical reconnaît les transformations visibles opérées sous Patrice Talon, notamment dans les infrastructures et la gestion administrative. Mais il estime que la performance d’un État ne saurait se mesurer uniquement à ses routes, ses bâtiments ou ses équipements. À ses yeux, le bilan doit également intégrer la situation des travailleurs, le pouvoir d’achat, les libertés, la protection sociale et surtout la qualité du dialogue entre le gouvernement et les partenaires sociaux.

Son principal plaidoyer pour le nouveau pouvoir tient en quelques mots : redonner une véritable chance au dialogue social. Une attente qui explique aussi, selon lui, le choix de plusieurs centrales syndicales de soutenir Romuald Wadagni à la présidentielle de 2026.

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Dix ans de Talon : des acquis indéniables, mais une gouvernance jugée trop rigide

Anselme Amoussou refuse de réduire les dix années de Patrice Talon à un bilan entièrement négatif. Il reconnaît des avancées importantes dans plusieurs domaines, notamment les infrastructures, la modernisation de certains services publics et la rigueur introduite dans la gestion administrative.

Le syndicaliste cite notamment l’exemple de la distribution des moustiquaires dans les établissements scolaires. Il relève que les responsables sont désormais davantage appelés à assurer la traçabilité des opérations, à fournir des preuves de distribution et à restituer les éventuels surplus.

Pour lui, ces changements illustrent une amélioration des pratiques administratives. Mais cette rigueur, estime-t-il, doit être distinguée du rigorisme.

La rigueur peut contribuer à rendre l’administration plus efficace. Elle devient problématique lorsqu’elle finit par réduire les espaces de discussion et par rendre plus difficile l’expression des préoccupations des travailleurs et des citoyens.

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C’est précisément sur ce terrain que se situe l’une des principales critiques du secrétaire général de la CSA-Bénin : le déficit de dialogue social.

Selon lui, la contestation syndicale ne devrait pas être systématiquement interprétée comme une opposition au gouvernement. Les syndicats peuvent être des contradicteurs, mais également des partenaires capables d’aider à améliorer les politiques publiques.

« Le syndicat et le gouvernement, on ne va pas tout le temps en duel »

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Pour Anselme Amoussou, le dialogue social ne doit pas être conçu comme un rapport de force permanent. Gouvernement et syndicats peuvent parfois défendre des positions différentes sans pour autant être condamnés à l’affrontement.

Son approche repose sur une idée simple : associer davantage les organisations syndicales à la réflexion sur les réformes permettrait d’éviter certaines incompréhensions et, parfois, de corriger les insuffisances des projets publics avant leur adoption.

Il résume cette philosophie par une formule particulièrement évocatrice : « Le syndicat et le gouvernement, on ne va pas tout le temps en duel. Parfois, on peut être un duo. »

Cette vision rejoint d’ailleurs l’une des attentes exprimées par le responsable syndical à l’égard du nouveau pouvoir : faire du dialogue un véritable outil de gouvernance et non un simple mécanisme de consultation ponctuelle.

Loi sur l’embauche : quand les alertes syndicales restent sans effet

Pour illustrer les limites du dialogue social sous le régime précédent, Anselme Amoussou revient sur la loi relative à l’embauche.

Il explique que la CSA-Bénin avait sollicité un expert afin d’examiner le texte et d’en relever aussi bien les aspects positifs que les dispositions jugées préoccupantes. Les observations issues de cette analyse auraient ensuite été transmises aux députés, accompagnées d’une demande de ne pas adopter le texte en l’état.

Malgré ces démarches, la loi a finalement été votée.

Pour le secrétaire général de la CSA-Bénin, cet épisode illustre une difficulté plus profonde : les organisations syndicales peuvent produire des analyses, formuler des propositions et alerter les décideurs sans que leurs observations soient nécessairement intégrées au processus de décision.

Il refuse dès lors que les syndicats soient systématiquement désignés comme responsables des tensions sociales.

Salaires et SMIG : derrière les augmentations, la réalité du pouvoir d’achat

Sur la question salariale, Anselme Amoussou reconnaît les efforts réalisés au cours des dernières années, notamment la revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti et certaines augmentations accordées aux travailleurs.

Mais, pour lui, une hausse nominale du salaire ne suffit pas à établir une amélioration durable des conditions de vie.

Le véritable indicateur reste, selon lui, le pouvoir d’achat réel. Or celui-ci dépend aussi du niveau des loyers, du coût du transport, des produits alimentaires, des dépenses de santé et des autres charges qui pèsent sur les ménages.

Le responsable syndical prend notamment l’exemple des travailleurs qui résident dans les périphéries de Cotonou et doivent supporter quotidiennement des dépenses importantes pour se rendre sur leur lieu de travail.

Autrement dit, augmenter les revenus sans agir simultanément sur les principales dépenses des ménages ne permettrait pas de résoudre entièrement la question sociale.

« On peut applaudir cinq minutes pour dire oui, le SMIG a été augmenté, les salaires ont été revalorisés », relève-t-il en substance, avant de rappeler que l’essentiel demeure l’amélioration concrète du niveau de vie.

Logements sociaux : penser davantage aux réalités des bénéficiaires

La politique de logements sociaux figure également parmi les dossiers sur lesquels le syndicaliste appelle à davantage de concertation.

Il ne remet pas en cause la pertinence du principe. Il estime toutefois que les modèles de logements proposés doivent tenir compte des réalités économiques, culturelles et sociologiques des populations.

Pour lui, les bénéficiaires potentiels devraient être davantage associés à la conception des programmes. Une politique publique, aussi pertinente soit-elle sur le papier, peut perdre une partie de son efficacité lorsqu’elle ne tient pas suffisamment compte des attentes et des capacités financières de ceux auxquels elle est destinée.

Grève : le mouvement syndical doit aussi faire son autocritique

Sur la question de la grève, le discours d’Anselme Amoussou se veut moins catégorique.

Le responsable syndical reconnaît que les organisations de travailleurs n’ont pas toujours fait un usage irréprochable de ce moyen de revendication. Il admet donc la nécessité pour le mouvement syndical de procéder lui aussi à une autocritique.

Mais il estime que la question des restrictions du droit de grève ne peut être dissociée de celle du dialogue social.

Lorsque les travailleurs disposent de mécanismes crédibles pour présenter leurs revendications et obtenir des réponses, explique-t-il, le recours à la grève peut naturellement devenir moins fréquent.

Les dix dernières années auraient également mis en évidence certaines faiblesses internes du mouvement syndical : recul du militantisme, difficultés de mobilisation, problèmes de financement et parfois éloignement entre les responsables syndicaux et leurs bases.

Avec une pointe d’ironie, Anselme Amoussou estime même que les syndicats doivent « remercier » la gouvernance Talon pour avoir contribué à révéler ces insuffisances.

Assurance maladie : un chantier qui reste à concrétiser

La protection sociale constitue un autre sujet de préoccupation.

Anselme Amoussou reconnaît l’importance de la réforme de l’assurance maladie et rappelle que les organisations syndicales étaient disposées à accompagner le processus.

Mais, à ses yeux, le temps écoulé impose désormais de regarder les résultats avec lucidité. La concrétisation effective d’une protection sociale accessible à tous demeure un enjeu majeur.

Pour le nouveau gouvernement, le défi sera donc de transformer les orientations annoncées en mécanismes réellement opérationnels, notamment pour les travailleurs et les populations les plus vulnérables.

Pourquoi les syndicats ont-ils choisi Wadagni ?

C’est sans doute l’un des points les plus sensibles de l’intervention.

En avril 2026, cinq organisations syndicales — la CSA-Bénin, la CGTB, l’UNSTB, la COSI-Bénin et la CSP-IB — avaient officiellement apporté leur soutien à la candidature de Romuald Wadagni. Cette décision avait suscité des interrogations, certains observateurs estimant qu’un tel engagement pouvait brouiller la frontière entre syndicalisme et politique.

Anselme Amoussou assume pourtant ce choix.

Mais il prend soin d’en préciser les limites : « Nous n’avons aucune garantie. »

Le soutien accordé à Romuald Wadagni ne repose donc pas, selon lui, sur un quelconque accord politique formel. Il s’agit plutôt d’un choix fondé sur l’espoir d’une évolution dans la manière de gouverner.

Le secrétaire général de la CSA-Bénin explique avoir été sensible aux échanges avec le nouveau chef de l’État et son équipe, ainsi qu’au ton adopté par Romuald Wadagni durant la campagne.

Dès la présentation de son projet de société en mars 2026, Anselme Amoussou avait salué un discours qu’il jugeait moins triomphaliste et davantage disposé à reconnaître certaines limites de la gouvernance précédente. Il avait notamment relevé les engagements affichés sur les libertés, l’apaisement social et le dialogue.

Un soutien qui n’est pas un blanc-seing

Le soutien des centrales syndicales à Romuald Wadagni n’est donc pas présenté comme un chèque en blanc.

Au contraire, Anselme Amoussou insiste sur la nécessité de laisser l’opinion publique juger les actes du nouveau pouvoir.

Le principe est clair : les syndicats donnent une chance au président, mais ils continueront à défendre leurs revendications.

Si le gouvernement tient ses engagements, ouvre des espaces de concertation et améliore les relations avec les partenaires sociaux, les centrales pourront accompagner les réformes.

Dans le cas contraire, elles conserveront leur liberté de critique et de revendication.

Cette posture s’inscrit dans la logique défendue par les cinq organisations syndicales lors de leur soutien à la candidature de Romuald Wadagni : contribuer à l’avènement d’un « nouveau pacte social » tout en rendant le futur président redevable devant les travailleurs.

Emploi des jeunes : les syndicats veulent passer du rôle de contestataire à celui de partenaire

Sur l’emploi des jeunes, Anselme Amoussou affiche également une volonté de collaboration.

Les syndicats, estime-t-il, disposent d’une expertise accumulée sur le terrain et peuvent contribuer à la conception de politiques d’insertion professionnelle plus efficaces.

Il défend ainsi une conception élargie du syndicalisme. Le syndicat doit évidemment défendre les intérêts des travailleurs, mais il doit également contribuer à la performance et à la pérennité des entreprises.

Cette approche devrait, selon lui, favoriser des relations plus équilibrées entre employeurs et salariés.

GDIZ : créer des emplois ne suffit pas

La Zone industrielle de Glo-Djigbé-Zè (GDIZ) constitue à cet égard un cas concret.

Anselme Amoussou reconnaît l’importance économique de cette zone et les opportunités d’emploi qu’elle offre. Mais il insiste sur une exigence : la création d’emplois doit aller de pair avec la protection des travailleurs.

Les questions de sécurité au travail, d’équipements de protection, de rémunération et de conditions d’exercice doivent pouvoir être discutées entre employeurs, travailleurs et pouvoirs publics.

Pour le responsable syndical, la performance économique ne saurait donc être dissociée de la dignité au travail.

Vers un nouveau pacte social ?

Au terme de son intervention, le secrétaire général de la CSA-Bénin esquisse finalement une ambition plus large : refonder les relations entre l’État, les travailleurs et les autres forces sociales.

Il ne réclame pas une participation des syndicats à la gestion directe de l’État. Il souhaite plutôt qu’ils soient considérés comme des partenaires capables d’apporter leur expertise, de signaler les insuffisances des réformes et de contribuer à leur amélioration.

L’enjeu dépasse ainsi les seuls intérêts syndicaux. Il touche à la conception même de la gouvernance.

Pour Anselme Amoussou, le gouvernement ne peut pas être le seul détenteur de la vérité et de l’intelligence collective. Une réforme peut être portée par l’exécutif tout en étant enrichie par les propositions des travailleurs, du patronat, de la société civile et des citoyens.

Le message adressé à Romuald Wadagni est donc à la fois une main tendue et une mise en garde.

Les syndicats sont prêts à donner une chance au nouveau pouvoir, mais cette chance devra être transformée en actes.

Après dix années marquées, selon lui, par des progrès matériels mais aussi par un déficit de dialogue, Anselme Amoussou souhaite voir s’ouvrir une nouvelle séquence : celle d’une gouvernance plus attentive à l’humain, davantage fondée sur l’écoute et la concertation.

Une ambition résumée par une conviction : le syndicat ne doit pas être considéré comme un obstacle au développement, mais comme un acteur capable de contribuer à sa construction.

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Claude Dieudonné ADJIKPA est une figure emblématique de la presse écrite béninoise. Journaliste chevronné et promoteur du journal Palabre au Quotidien et du site d’information palabreauquotidien.bj, il s’impose comme une voix respectée dans le paysage médiatique national. Doté d’une passion inébranlable pour le journalisme, il fait ses premiers pas au journal Le Béninois, puis Le Béninois Libéré, où il se distingue rapidement par la rigueur de ses analyses et la pertinence de ses contributions aux débats sociopolitiques. Son parcours, marqué par le sérieux et la constance, lui vaut l’estime de ses pairs et du grand public. Visionnaire, Claude Dieudonné ADJIKPA fonde Palabre au Quotidien avec l’ambition claire de rapprocher l’actualité des citoyens. À travers ses publications variées, allant de la politique aux faits de société en passant par le sport, il contribue à éclairer l’opinion publique tout en défendant les valeurs fondamentales de la liberté de la presse. Reconnu pour son intégrité, son professionnalisme et son engagement indéfectible envers l'information juste et accessible, il s’affirme aujourd’hui comme l’un des piliers du journalisme béninois contemporain.