Dans le cadre du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet », l’ONG Amicale Pour le Développement Durable (APDD) a organisé, du 26 au 28 août 2026, trois premières sessions de webinaires consacrées à la protection des données personnelles, à la cybersécurité, à la cybercriminalité et aux usages responsables des réseaux sociaux.
Cette initiative s’inscrit dans le programme Digitalise Youth, soutenu par la cohorte Démocratie & Jeunesse et porté par la Digital Democracy Initiative (DDI). Le projet vise notamment à renforcer les capacités des jeunes afin qu’ils puissent exercer leur liberté d’expression en ligne tout en maîtrisant les risques liés à leurs pratiques numériques. La Youth Democracy Cohort présente également « Ma Voix Compte » comme une initiative de plaidoyer et de sensibilisation autour des droits numériques, de la cybersécurité, de la lutte contre la désinformation et de la protection des données.
Animés par Faïssol ADENIRAN, expert en liberté d’expression et droit du numérique, les trois webinaires ont été conduits avec l’intervention de Dossou Phylemond Vidjinnagny pour les deux premières sessions. Les échanges ont alterné exposés, exemples pratiques, témoignages et questions-réponses.
Données personnelles : apprendre à mieux contrôler son empreinte numérique
Lors du premier webinaire, tenu le mercredi 26 août, l’accent a été mis sur les données personnelles, la cybersécurité et les mauvais usages des réseaux sociaux.
Pour introduire la séance, une vidéo montrant une mère partageant, sans mesurer les conséquences, de nombreuses informations sur les habitudes et déplacements de sa fille a permis d’illustrer les dangers liés à la surexposition des mineurs sur Internet. L’expert a ainsi rappelé qu’une publication apparemment anodine peut fournir à des inconnus suffisamment d’informations pour identifier, localiser ou approcher une personne.
Les participants ont ensuite été sensibilisés à la notion de donnée personnelle. Au Bénin, le Code du numérique considère comme donnée personnelle toute information relative à une personne physique identifiée ou identifiable, directement ou indirectement. Le nom, le numéro de téléphone, l’adresse, les données de localisation, le son ou l’image peuvent notamment entrer dans cette catégorie.
La présentation a également porté sur les données dites sensibles, la cybercriminalité et la cybersécurité. L’expert a insisté sur plusieurs risques associés aux réseaux sociaux, notamment l’usurpation d’identité, les faux profils, le vol de contenus, la sextorsion et l’atteinte durable à la réputation.
Un conseil majeur s’est dégagé : publier sur Internet implique de mesurer ce que l’on révèle, à qui et avec quelles conséquences possibles.
Face aux cas de chantage ou de harcèlement en ligne, l’expert a recommandé de conserver les preuves — captures d’écran, messages, comptes concernés, dates et heures — avant de saisir les autorités compétentes, plutôt que de céder aux pressions ou de négocier directement avec l’auteur présumé.
Code du numérique : les droits des citoyens au cœur du deuxième webinaire
Le jeudi 27 août, le deuxième webinaire a approfondi le cadre juridique applicable aux données personnelles et à la cybercriminalité.
L’expert a présenté l’architecture du Code du numérique béninois, en mettant particulièrement l’accent sur les livres V et VI, consacrés respectivement à la protection des données à caractère personnel et à la cybercriminalité et à la cybersécurité. Le Livre V a notamment pour objectif d’assurer la protection de la vie privée et professionnelle dans le cadre de la collecte, du traitement, de la transmission, du stockage et de l’utilisation des données personnelles.
Les participants ont été sensibilisés aux différents droits dont disposent les personnes concernant leurs données, notamment les droits à l’information, à l’accès, à la rectification, à l’opposition et à la suppression.
Le rôle de l’Autorité de Protection des Données Personnelles (APDP) a également été expliqué. L’article 483 du Code du numérique lui confie notamment la mission de veiller à ce que les traitements de données personnelles soient réalisés conformément aux dispositions légales et à ce que les technologies de l’information et de la communication ne portent pas atteinte aux libertés publiques et à la vie privée.
Les échanges ont ensuite permis d’aborder des situations concrètes : suppression de données associées à une carte SIM, escroquerie, difficultés liées à l’identification d’un titulaire de carte SIM, techniques d’ingénierie sociale ou encore utilisation d’images prises dans des lieux publics.
Une précision importante a également porté sur la distinction entre extorsion et chantage, deux infractions dont les mécanismes et les moyens employés peuvent différer selon les circonstances.
Phishing et ingénierie sociale : quand le piège commence par la confiance
Le troisième webinaire, organisé le vendredi 28 août, a été consacré au phishing, à l’ingénierie sociale et à la sécurisation des données en télétravail et en mobilité.
Dès l’ouverture, le modérateur a résumé l’enjeu par une formule : le piratage le plus efficace peut consister à convaincre la victime d’ouvrir elle-même la porte.
L’expert a expliqué que le phishing repose généralement sur l’usurpation de l’identité d’une personne, d’une entreprise ou d’un service afin d’obtenir des informations confidentielles ou de pousser la victime à effectuer une action.
Les participants ont été invités à se méfier particulièrement des messages qui jouent sur l’urgence, la peur, la promesse d’un gain ou une demande inhabituelle d’informations sensibles. Les liens suspects, les adresses inhabituelles et les messages appelant à une réaction immédiate constituent également des signaux d’alerte.
L’intervention a pris en compte l’évolution des techniques de fraude avec l’intelligence artificielle. L’expert a notamment évoqué la possibilité de produire des messages très crédibles, des contenus falsifiés et même des imitations vocales susceptibles de tromper une personne en se faisant passer pour un proche.
Face à ces menaces, plusieurs mesures ont été recommandées : ne pas cliquer précipitamment sur un lien, vérifier l’identité de l’expéditeur, accéder directement aux plateformes officielles, utiliser des mots de passe uniques, activer la double authentification, maintenir les appareils à jour et effectuer régulièrement des sauvegardes.
Télétravail et mobilité : les habitudes comme première ligne de défense
Le troisième webinaire a également mis l’accent sur les risques liés à l’utilisation des outils numériques en dehors du cadre professionnel traditionnel.
Wi-Fi publics, ordinateurs utilisés dans des espaces partagés, smartphones professionnels, clés USB, perte ou vol d’équipements et mélange entre usages professionnels et personnels peuvent exposer les données à différents risques.
L’expert a recommandé de privilégier les connexions sécurisées, de verrouiller systématiquement les appareils, d’éviter les périphériques USB inconnus, de protéger les écrans dans les lieux publics, de maintenir les systèmes à jour et de sauvegarder régulièrement les données importantes.
En cas de perte d’un équipement professionnel, il a également préconisé de signaler rapidement l’incident, de modifier les identifiants susceptibles d’avoir été compromis et de déconnecter les sessions actives.
Des échanges nourris par des expériences concrètes
Les trois séances ont été marquées par la participation active des auditeurs. Plusieurs témoignages ont permis de rapprocher les notions juridiques et techniques des réalités quotidiennes.
Les interventions de Joris Hugor HOUDJI, Christian FASSINOU, Abel, Sidoine, Wenceslas Mahoussi, Armel Ayidolé GANHOUMETO, ODOU Olabissi Bernard, Henriette DEKADJEVI, Razack Oumbaro, Marina GBEMENOU, Maurille, Lydie CADJA et Josette GNELE, entre autres, ont porté sur des cas de chantage, d’escroquerie, d’usurpation, de faux profils, de cartes SIM, de ventes en ligne ou encore de droits liés aux images.
Un enseignement transversal s’est dégagé des échanges : la prudence numérique ne signifie pas renoncer aux réseaux sociaux. Pour les jeunes entrepreneurs et professionnels qui utilisent notamment TikTok ou d’autres plateformes pour promouvoir leurs activités, l’enjeu consiste plutôt à concilier visibilité et protection des informations personnelles.
Cette approche rejoint les principes de protection rappelés par l’APDP, qui mettent notamment en avant la finalité du traitement, la pertinence des données, la limitation de leur conservation, la sécurité et la confidentialité ainsi que le respect des droits des personnes.
Une culture de vigilance à construire
Au terme de ces trois premiers webinaires, le projet « Ma Voix Compte » pose ainsi les bases d’une culture de vigilance numérique chez les jeunes. De la protection des données personnelles à la prévention du phishing, en passant par la lutte contre l’usurpation d’identité, la sextorsion et les escroqueries en ligne, les séances ont mis en évidence un même principe : la sécurité numérique repose autant sur les outils que sur les comportements.
L’APDD entend poursuivre cette série de sensibilisation avec les prochains modules consacrés notamment à l’intelligence artificielle, à la vérification de l’information et aux autres enjeux liés à l’exercice responsable de la liberté d’expression sur Internet.
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