Invité de l’émission « Sans détour » sur BLTV, animée par Jean-Paul Ibikounlé, l’ingénieur agronome et acteur politique Idrissou Bako a donné son appréciation de la création des pôles territoriaux de développement au Bénin. Il considère cette réforme comme un instrument de réduction des disparités régionales, de valorisation des potentialités économiques locales et d’accélération de la croissance. Tout en saluant ses perspectives, il a insisté sur les conditions financières, institutionnelles et organisationnelles nécessaires à sa réussite.
La territorialisation du développement est au cœur des réflexions sur l’avenir économique des différentes régions du Bénin. Cette nouvelle orientation, qui ambitionne de mieux exploiter les potentialités propres à chaque territoire, trouve un écho favorable auprès de Idrissou Bako. Invité de l’émission « Sans détour » de BLTV, l’ingénieur agronome et acteur politique a exprimé son adhésion à la création des pôles territoriaux de développement, qu’il considère comme une option susceptible de transformer durablement le paysage économique national.

Pour lui, l’enjeu dépasse la simple réorganisation administrative. Il s’agit surtout de corriger les déséquilibres entre les régions, de rapprocher les opportunités économiques des populations et de donner à chaque territoire les moyens de contribuer davantage à la richesse nationale.
« C’est une option politique qui va permettre un développement accéléré de nos différentes régions et réduire les déséquilibres constatés entre elles », a-t-il expliqué. Il estime également que cette réforme peut renforcer la décentralisation en favorisant une participation plus importante des collectivités, des acteurs économiques et des populations à la gouvernance territoriale.
La transformation agricole, un enjeu majeur
Dans son analyse, Idrissou Bako accorde une place particulière au secteur agricole. Il considère que les pôles territoriaux peuvent offrir de nouvelles perspectives aux différentes filières de production, notamment végétales, animales et halieutiques.
S’agissant des productions végétales, il distingue deux grandes catégories : les cultures de rente et les cultures vivrières. À ses yeux, les efforts déjà consentis pour accroître les volumes de production et améliorer la productivité doivent désormais être prolongés par une politique plus ambitieuse de transformation locale.
L’ingénieur agronome estime que le Bénin a enregistré des avancées dans le domaine agricole, qu’il convient de consolider en développant davantage les infrastructures de transformation. Il évoque notamment les performances du pays dans le cadre des évaluations de 2026 relatives aux engagements de Maputo.
Dans cette perspective, il prend pour référence l’expérience de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), qui constitue, selon lui, une illustration des possibilités offertes par la transformation industrielle des productions locales.
Son souhait est de voir cette dynamique étendue aux différentes zones de production du pays. Il préconise notamment un rapprochement entre les infrastructures agro-industrielles et les bassins de production afin de faciliter la collecte, la transformation et la commercialisation des produits agricoles.
« Si nous avons eu ce succès, pourquoi ne pas généraliser cela et rapprocher les hubs agro-industriels des zones de grande production ? », a-t-il lancé.
Pour Idrissou Bako, cette approche permettrait de construire de véritables systèmes agroalimentaires intégrés. Ceux-ci devraient associer l’ensemble des maillons de la chaîne de valeur : producteurs, industriels, transformateurs, commerçants, fournisseurs d’intrants, structures de recherche, centres de formation et services d’appui-conseil.
L’objectif est de faire des ressources locales de véritables moteurs de création de richesses. Au lieu de se limiter à la production et à l’exportation de matières premières, les territoires pourraient développer des activités de transformation génératrice de valeur ajoutée et d’emplois. Une perspective particulièrement importante pour les jeunes issus des communautés agricoles.
Financement, coordination et clarification des rôles : les défis à relever
Si l’initiative recueille son approbation, Idrissou Bako ne minimise pas les difficultés susceptibles d’entraver sa mise en œuvre. Il identifie notamment l’insuffisance des ressources financières comme un risque majeur. Pour lui, les ambitions affichées ne pourront produire les résultats attendus sans des moyens conséquents et des mécanismes de financement adaptés.
Il soulève également la question de la répartition des responsabilités entre les collectivités territoriales et la Délégation générale. Il juge indispensable de clarifier les attributions de chaque institution afin d’éviter les chevauchements de compétences et les difficultés de fonctionnement.
La coordination constitue une autre de ses préoccupations. Selon lui, le développement territorial ne peut se résumer à une succession de projets conduits de manière isolée. Il nécessite une vision d’ensemble, une programmation cohérente et une articulation efficace des interventions.
À ces exigences, il ajoute la mise en place de mécanismes rigoureux de suivi-évaluation et de reddition de comptes. Il s’agit, selon lui, de s’assurer que les ressources mobilisées produisent des résultats mesurables et que les projets répondent effectivement aux besoins des populations.
Les acteurs politiques invités à dépasser les clivages
L’autre dimension importante de son intervention concerne la responsabilité de la classe politique dans l’appropriation de cette réforme. Idrissou Bako invite les responsables politiques, toutes tendances confondues, à considérer les pôles territoriaux comme une opportunité pour le développement de l’ensemble du Bénin.
Il estime que cette initiative ne doit pas devenir un sujet de rivalités partisanes ou de compétition entre les régions. Au contraire, elle devrait favoriser la solidarité nationale et renforcer le sentiment d’appartenance à une même communauté de destin.
Dans cette logique, il appelle les acteurs politiques à faire preuve de patriotisme, à privilégier l’intérêt général et à participer à l’identification des véritables leviers de développement de leurs territoires.
Leur rôle, précise-t-il, consiste également à informer les populations, à faciliter leur adhésion à la réforme et à contribuer au contrôle démocratique de sa mise en œuvre. Les responsables politiques présents dans les différentes localités sont ainsi invités à créer des passerelles entre les représentants de l’État, les collectivités territoriales, les organisations de producteurs, la société civile et les autres forces vives.
Pour lui, la réussite de cette politique suppose donc une mobilisation qui dépasse les institutions publiques et implique tous les acteurs concernés par le développement territorial.
Faire des richesses locales des moteurs du développement national
Au terme de son intervention sur la Web Tv BLTV, Idrissou Bako a réaffirmé son appréciation de la création des pôles territoriaux de développement. Il y voit une possibilité de mieux répartir les opportunités économiques, de valoriser les ressources locales et de favoriser la création d’emplois dans les différentes régions du pays.
Mais cette ambition devra s’appuyer sur des financements suffisants, une gouvernance clairement définie, une coordination efficace et une implication réelle des populations.
Son message est sans équivoque : le développement des territoires ne doit pas nourrir les divisions régionales, mais contribuer à renforcer la cohésion nationale. Chaque localité doit pouvoir valoriser ses potentialités et participer, à partir de ses propres richesses, à la construction d’un Bénin économiquement plus équilibré.



