Comprendre l’intelligence artificielle pour mieux appréhender les infox et apprendre à vérifier une information avant de la partager. C’est le fil conducteur des quatrième et cinquième webinaires du projet « Ma Voix Compte : Protéger et amplifier la voix des jeunes sur Internet », porté par l’ONG Amicale pour le Développement Durable (APDD). Tenues les 29 et 30 août 2026, ces deux séances ont été consacrées aux fondamentaux de l’intelligence artificielle puis à la compréhension des infox.
Après trois premières séances animées par l’expert Dossou Phylemond Vidjinnagny, le cycle a ouvert un nouveau volet avec l’intervention de Jean-Luc Allabi, sous la modération de Faïssol Adeniran, expert en liberté d’expression et droit du numérique.
De l’intelligence artificielle à ses usages quotidiens
Le quatrième webinaire, organisé le samedi 29 août 2026, a permis aux participants de mieux comprendre ce qui se cache derrière le terme « intelligence artificielle ».
Jean-Luc Allabi a d’abord expliqué que l’IA renvoie à des systèmes informatiques capables d’accomplir certaines tâches qui nécessitaient auparavant des capacités humaines, notamment la reconnaissance, l’analyse, l’apprentissage ou encore la prise de décision. Il a toutefois insisté sur une nuance importante : une intelligence artificielle ne pense pas comme un être humain. Elle identifie des régularités dans d’importantes quantités de données afin de produire une réponse ou une action.
Pour replacer cette technologie dans son contexte historique, l’expert a rappelé plusieurs étapes importantes, notamment le test de Turing en 1950, l’apparition officielle de l’expression « intelligence artificielle » lors de la conférence de Dartmouth en 1956, la victoire de Deep Blue contre Garry Kasparov en 1997 et l’essor du deep learning à partir des années 2010.
IA, machine learning et deep learning : quelles différences ?
Une partie importante de la séance a été consacrée à la distinction entre intelligence artificielle, apprentissage automatique (machine learning) et apprentissage profond (deep learning).
L’expert les a présentés comme des domaines imbriqués. L’intelligence artificielle constitue le champ le plus large. Le machine learning correspond à des techniques permettant à une machine d’apprendre à partir de données et d’exemples. Le deep learning constitue, lui, une branche du machine learning reposant notamment sur des réseaux de neurones comportant plusieurs couches.
Cette distinction a été illustrée à travers des exemples du quotidien, comme les systèmes de détection des courriers indésirables ou encore les technologies de reconnaissance d’images.
Jean-Luc Allabi a également expliqué les principaux modes d’apprentissage automatique : l’apprentissage supervisé, l’apprentissage non supervisé et l’apprentissage par renforcement.
Les échanges ont ensuite porté sur les grands modèles de langage, notamment ceux utilisés par des outils comme ChatGPT, Claude ou Gemini. L’expert a expliqué le rôle du prompt, qui correspond à la requête adressée à l’outil, et celui des tokens, unités dans lesquelles les textes sont découpés pour être traités par le modèle.
Une technologie désormais présente dans plusieurs secteurs
Santé, finance, industrie, éducation : l’intelligence artificielle est déjà utilisée dans de nombreux domaines. Selon l’expert, son développement impose désormais aux utilisateurs de comprendre ses possibilités, mais aussi ses limites.
Car l’IA n’est pas exempte de risques. Jean-Luc Allabi a notamment évoqué les biais liés aux données d’entraînement, les erreurs ou « hallucinations » des modèles, ainsi que les questions relatives à la vie privée, à la propriété intellectuelle, à la responsabilité et à l’impact environnemental.
Pour les participants, cette présentation a également permis de mieux comprendre pourquoi la maîtrise des fondamentaux de l’IA constitue une étape préalable à l’apprentissage de la lutte contre la désinformation.
L’expert a notamment expliqué que l’intelligence artificielle peut aussi bien servir à produire ou amplifier des contenus trompeurs qu’à contribuer à leur détection. Textes générés artificiellement, images manipulées, voix synthétiques et autres contenus fabriqués peuvent ainsi compliquer le travail de vérification de l’information.
Les participants interrogent l’expert
La séance a donné lieu à plusieurs échanges. Daniel Dossou a notamment soulevé la question du ciblage publicitaire et du fait que certaines recherches effectuées en ligne semblent influencer les contenus proposés ultérieurement sur les réseaux sociaux.
D’autres questions ont porté sur la fiabilité des données utilisées par les systèmes d’intelligence artificielle, l’avenir de la jeunesse face à ces technologies et la possibilité de détecter l’utilisation de l’IA dans la rédaction de certains documents.
Les échanges ont également abordé les outils développés par les grandes entreprises technologiques et les perspectives d’utilisation de l’intelligence artificielle dans la vie professionnelle.
Connecté depuis la Mauritanie, Amadou Sambou a résumé l’un des principaux enseignements de la séance : l’enjeu n’est plus seulement de savoir si l’IA va transformer les pratiques, mais surtout de comprendre comment l’utiliser de manière pertinente et responsable.
Comprendre les infox pour mieux les combattre
Le lendemain, dimanche 30 août 2026, le même expert est revenu devant les participants pour le cinquième webinaire, consacré au deuxième module : « Comprendre les infox ».
Pour introduire la séance, le modérateur Faïssol Adeniran s’est appuyé sur une citation attribuée à Jonathan Swift datant de 1710 sur la vitesse de propagation du mensonge par rapport à la vérité. Une entrée en matière destinée à montrer que la problématique de la fausse information n’est pas nouvelle, même si les réseaux sociaux lui donnent aujourd’hui une vitesse et une portée inédites.
L’objectif affiché de la séance était de permettre aux participants d’identifier les différentes formes d’infox, de comprendre les mécanismes favorisant leur diffusion et d’acquérir des réflexes simples pour vérifier une information avant de la partager.
Huit formes d’infox passées au crible
Jean-Luc Allabi a présenté différentes catégories d’informations trompeuses, en s’appuyant notamment sur une typologie associée aux travaux de Claire Wardle et de First Draft.
Parmi elles figurent la satire ou la parodie, le contenu trompeur, le faux contexte, le contenu fabriqué, l’imposture, le contenu manipulé, le lien racoleur et la publicité déguisée.
À travers des exemples, l’expert a montré qu’une information peut être trompeuse sans être entièrement inventée. Une photographie authentique peut ainsi être associée à une mauvaise date ou à un autre lieu. De même, un document réel peut être sorti de son contexte pour lui faire dire autre chose.
Cette distinction est essentielle dans un environnement numérique où les contenus sont fréquemment copiés, recadrés, modifiés puis repartagés sans leur contexte d’origine.
Pourquoi les infox se propagent-elles aussi facilement ?
La séance s’est ensuite intéressée aux mécanismes qui favorisent la viralité des fausses informations.
L’expert a notamment évoqué plusieurs biais cognitifs, parmi lesquels le biais de confirmation, qui favorise les informations correspondant à nos convictions, l’effet de vérité illusoire lié à la répétition d’une affirmation, et certains raccourcis mentaux qui peuvent conduire l’utilisateur à partager rapidement un contenu sans en vérifier la véracité.
La discussion a également porté sur le fonctionnement des réseaux sociaux et les phénomènes de chambre d’écho, dans lesquels les utilisateurs sont davantage exposés à des contenus correspondant à leurs centres d’intérêt ou à leurs interactions précédentes.
Dans cet environnement, l’émotion joue un rôle important. Une information qui provoque la peur, la colère, la surprise ou l’indignation peut être davantage susceptible d’être relayée avant même d’avoir été vérifiée.
SIFT : quatre réflexes avant de partager
Pour passer de la théorie à la pratique, Jean-Luc Allabi a présenté la méthode SIFT, développée par le chercheur Mike Caulfield.
Elle repose sur quatre réflexes :
- S – Stop : s’arrêter avant de réagir ou de partager ;
- I – Investigate the source : rechercher qui est à l’origine du contenu ;
- F – Find better coverage : vérifier si des sources fiables et indépendantes rapportent également l’information ;
- T – Trace claims, media and quotes to the original context : remonter à l’origine de l’information, de l’image ou de la citation.
Cette méthode est complétée par une liste de contrôle portant notamment sur la source, la date, l’auteur, les preuves, le ton du contenu et le recoupement avec d’autres sources.
L’expert a également présenté la recherche d’image inversée comme un moyen pratique de vérifier l’origine et le contexte d’une photographie. Des outils tels que Google Images, TinEye, Bing Visual Search ou encore Google Fact Check Explorer ont été cités parmi les ressources pouvant accompagner ce travail de vérification.
Une compétence devenue indispensable dans l’espace numérique
À travers ces deux séances, le projet « Ma Voix Compte » poursuit ainsi son objectif de renforcement des capacités des jeunes face aux défis de l’environnement numérique.
Le quatrième webinaire a posé les bases nécessaires à la compréhension de l’intelligence artificielle, tandis que le cinquième a déplacé le curseur vers les mécanismes de production, de circulation et de vérification des infox.
Un même principe ressort de ces deux rencontres : dans un environnement numérique où les contenus circulent rapidement, la réaction la plus immédiate n’est pas toujours la plus fiable. Comprendre les outils, identifier leurs limites, vérifier les sources et recouper les informations apparaissent dès lors comme des réflexes essentiels pour protéger sa voix et contribuer à un espace numérique mieux informé.
Le cycle de formation de l’APDD doit se poursuivre avec d’autres modules consacrés notamment aux techniques et outils de vérification de l’information, dans la continuité de cette première approche consacrée à l’intelligence artificielle et aux infox.
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Le présent webinaire est disponible et téléchargeable sur YouTube via le lien :
https://youtu.be/6VrkIs89-HY?si=-ygnZQHUw7fcU9Qu



