Le Sénégal a officiellement levé les dernières incertitudes. Le 20 juillet 2026, Dakar a annoncé son soutien à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Une décision qui intervient après plusieurs mois d’hésitations et dans un contexte politique national profondément bouleversé par la recomposition des alliances autour du président Bassirou Diomaye Faye.
Si ce choix peut apparaître comme un rapprochement spectaculaire entre deux figures que l’histoire politique récente du Sénégal avait opposées, il répond à plusieurs considérations diplomatiques, stratégiques et politiques. La rencontre du 17 juillet entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall au Palais de la République a constitué le point de bascule d’un processus engagé depuis plusieurs mois.
Une candidature longtemps suspendue au feu vert de Dakar
Macky Sall avait officiellement sollicité le parrainage du Sénégal dès février 2026 afin de porter sa candidature à la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU. Jusqu’alors soutenu par le Burundi, l’ancien chef de l’État sénégalais avait toutefois rencontré plusieurs obstacles sur son chemin, notamment en mars 2026 lorsque l’Union africaine n’avait pas réussi à adopter une position favorable à sa candidature face aux réserves exprimées par plusieurs pays membres.
Pendant plusieurs mois, le Sénégal avait maintenu une position prudente. Le ministre des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait simplement indiqué en juin que « la porte n’était pas fermée », sans annoncer un engagement officiel de Dakar.
Cette prudence s’expliquait principalement par le contexte politique interne. Le soutien à Macky Sall était loin d’être évident pour le nouveau pouvoir issu de l’alternance de 2024, notamment en raison du contentieux profond entre l’ancien régime et le Pastef, formation politique à l’origine de l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême.
La rupture avec Sonko, un tournant dans la décision présidentielle
Le changement de position de Dakar intervient dans une période de grandes mutations politiques. Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature après plusieurs mois de tensions au sommet de l’État. Sonko a ensuite pris la présidence de l’Assemblée nationale, tandis qu’Ahmadou Al Aminou Lo était nommé Premier ministre.
Quelques semaines plus tard, le 4 juillet, le chef de l’État a franchi une nouvelle étape en annonçant la création de sa propre formation politique, confiée à sa conseillère Aminata Touré. Cette rupture avec une partie de son ancien environnement politique a modifié les rapports de force.
Désormais moins lié aux positions historiques du Pastef contre Macky Sall, Bassirou Diomaye Faye dispose d’une marge de manœuvre plus importante pour privilégier les intérêts de l’État sénégalais sur les considérations partisanes.
Un choix dicté par les intérêts diplomatiques du Sénégal
Au-delà des considérations politiques internes, le soutien à Macky Sall répond également à une logique diplomatique. Ancien président du Sénégal, ancien président de l’Union africaine et personnalité connue sur la scène internationale, Macky Sall dispose d’un réseau diplomatique important et d’une expérience des grandes négociations internationales.
Pour Dakar, soutenir sa candidature peut être perçu comme une opportunité de renforcer l’influence du Sénégal dans le système multilatéral et de défendre une ambition africaine pour la direction de l’ONU.
La candidature d’un Africain à ce poste intervient dans un contexte où le continent revendique davantage de responsabilités dans la gouvernance mondiale. Le choix de Macky Sall permettrait également au Sénégal de se positionner comme un acteur majeur dans les équilibres diplomatiques internationaux.
Le rôle des médiations et des nouveaux rapprochements
Selon plusieurs analyses, le déblocage du dossier aurait également bénéficié de plusieurs initiatives diplomatiques. Le 7 juillet, l’ancien président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, considéré comme proche de Macky Sall, a été reçu par Bassirou Diomaye Faye. La candidature à la tête des Nations unies aurait figuré parmi les sujets évoqués.
Des observateurs estiment que Bassirou Diomaye Faye, confronté à une nouvelle configuration politique intérieure, cherche désormais à diversifier ses alliances et à renforcer son positionnement international.
La rencontre du 17 juillet entre les deux anciens chefs d’État a finalement officialisé ce rapprochement. Selon le communiqué officiel, les échanges se sont déroulés « dans un climat empreint de cordialité et de courtoisie républicaine ».
Un soutien qui dépasse Macky Sall
En choisissant de soutenir son prédécesseur, Bassirou Diomaye Faye ne fait pas seulement un geste en faveur d’un ancien adversaire politique. Il pose également un acte diplomatique qui engage l’image du Sénégal sur la scène internationale.
Le chef de l’État sénégalais semble avoir privilégié une approche fondée sur les intérêts nationaux : accompagner une candidature portée par un ancien dirigeant expérimenté, susceptible de défendre une ambition africaine au plus haut niveau des Nations unies.
Désormais officiellement soutenu par son pays, Macky Sall entre dans une phase décisive de sa campagne. Il devra convaincre les membres du Conseil de sécurité de l’ONU avant le vote de l’Assemblée générale, dans une compétition où les équilibres géopolitiques pèseront lourd.
Pour le Sénégal, cette candidature représente bien plus qu’une bataille pour un poste international : elle constitue une occasion historique de placer un Africain à la tête de l’organisation mondiale et de renforcer la voix du continent dans la gouvernance internationale.



