À partir de l’Évangile du vendredi 18 septembre et d’une méditation du cardinal Raniero Cantalamessa, Honorine Hounnonkpè Attikpa, présidente de Dignité Féminine ONG, anciennement ministre en charge de la famille engage une réflexion sur la place accordée aux femmes dans la société. Entre référence biblique, constat sur la représentation féminine au Bénin et appel à davantage de reconnaissance, elle pose une question centrale : la marginalisation des femmes ne contribue-t-elle pas elle aussi aux déséquilibres de la société ?
Et si la stigmatisation des femmes comptait parmi les facteurs qui fragilisent nos sociétés ? C’est la réflexion que propose Honorine Hounnonkpè Attikpa, présidente de Dignité Féminine ONG, à la suite de l’Évangile proclamé vendredi 18 septembre 2026.
Le passage de Luc 8,1-3 évoque en effet Jésus parcourant villes et villages pour annoncer la Bonne Nouvelle, accompagné des Douze, mais également de plusieurs femmes qui le suivaient et contribuaient à sa mission. Parmi elles figurent Marie de Magdala, Jeanne, femme de Kouza, Suzanne et « beaucoup d’autres ».
C’est précisément ce passage qui a retenu l’attention de la responsable de Dignité Féminine ONG. Dans une réflexion publiée sur ses réseaux sociaux, elle s’appuie également sur une méditation du cardinal Raniero Cantalamessa consacrée à ce même épisode évangélique.
Quand les femmes restent au cœur du récit de la Passion
Pour Honorine Hounnonkpè Attikpa, le récit de la Passion offre un autre élément de réflexion. Elle invite à observer la place occupée par les femmes dans les derniers moments de la vie terrestre de Jésus.
Alors que Judas est présenté dans les Évangiles comme celui qui le livre, que les autorités religieuses interviennent dans son procès et que Ponce Pilate prononce la sentence romaine, les femmes apparaissent surtout comme des figures de présence et de fidélité.
L’Évangile selon Matthieu rapporte notamment l’intervention de l’épouse de Pilate, qui fait parvenir à son mari un message l’exhortant à ne pas se mêler de « l’affaire de ce juste ». Le texte biblique ne donne toutefois pas son nom ; l’appellation « Claudia Procula » appartient à une tradition ultérieure.
Dans le récit de la Passion, les femmes sont également présentes au pied de la Croix et certaines observent le lieu où Jésus est déposé. Les récits de la Résurrection leur accordent ensuite une place particulière : Marie de Magdala et d’autres femmes sont parmi les premières à découvrir le tombeau vide et à recevoir la mission d’en témoigner.
Pour la présidente de Dignité Féminine ONG, cette place constitue un symbole particulièrement fort.
«« Pourquoi reléguer au second plan celles-là mêmes dont Dieu a fait les premières témoins de la Résurrection ? »»
« Jésus ne traitait jamais les femmes comme des êtres de second rang »
Dans sa réflexion, Honorine Hounnonkpè Attikpa insiste ainsi sur le rapport particulier que les Évangiles établissent entre Jésus et les femmes.
Elle rappelle que celles-ci apparaissent comme disciples, bénéficiaires de guérisons, soutiens matériels de la mission de Jésus et, dans les récits de la Résurrection, comme témoins chargés de transmettre la nouvelle.
Le commentaire du cardinal Raniero Cantalamessa sur Luc 8,1-3 souligne lui aussi que les femmes accompagnaient Jésus et participaient à sa mission.
Pour la responsable associative, le message dépasse donc le seul cadre religieux. Il pose la question de la reconnaissance sociale, professionnelle et institutionnelle des femmes.
« Jésus ne traitait jamais les femmes comme des êtres de second rang », souligne-t-elle, estimant que leur dignité et leurs capacités devraient également être pleinement reconnues dans les sociétés contemporaines.
Le Bénin face au défi de la représentation féminine
Honorine Hounnonkpè Attikpa inscrit ensuite cette réflexion dans le contexte béninois.
À l’Assemblée nationale issue des élections législatives du 11 janvier 2026, 28 femmes siègent parmi les 109 députés, soit 25,69 % de l’effectif. Ce chiffre est identique à celui de la législature précédente, selon les résultats définitifs du scrutin.
Dans l’exécutif, le premier gouvernement du président Romuald Wadagni, formé le 24 mai 2026, compte six femmes sur 24 ministres, selon plusieurs sources concordantes. Elles occupent notamment les portefeuilles des Affaires étrangères, de l’Enseignement supérieur, de la Famille et de l’Action sociale, du Commerce intérieur, de la Communication et des Médias ainsi que de la Promotion de l’emploi et de la Formation professionnelle.
Ces chiffres témoignent d’une présence féminine réelle dans les institutions, tout en montrant que la représentation reste minoritaire.
C’est dans cette perspective qu’Honorine Hounnonkpè Attikpa évoque une photographie du président Romuald Wadagni entouré de trois femmes, qu’elle dit avoir choisie comme photo de profil : son épouse, sa collaboratrice militaire, la capitaine Elvire Toupé, et la ministre des Affaires étrangères.
Pour elle, cette image constitue davantage qu’une simple scène protocolaire. Elle symbolise, dans sa lecture, plusieurs formes de participation féminine à la vie publique : accompagner, protéger, représenter et participer à la décision.
« En sous-représentant les femmes, la société se prive d’une partie de son potentiel »
Au-delà des chiffres, la présidente de Dignité Féminine ONG défend une conception de l’égalité fondée sur la complémentarité et la participation.
Elle évoque ces femmes médecins, sages-femmes, enseignantes, religieuses, entrepreneures ou mères de famille qui, selon elle, contribuent quotidiennement au fonctionnement de la société.
Son raisonnement rejoint plus largement les constats des organisations internationales sur les écarts persistants dans l’accès des femmes aux responsabilités. ONU Femmes relevait notamment que les femmes demeurent minoritaires aux postes de direction politique et sous-représentées dans plusieurs secteurs stratégiques.
L’enjeu, selon Honorine Hounnonkpè Attikpa, ne devrait donc plus être de démontrer la capacité des femmes à agir, mais de créer les conditions leur permettant de faire davantage valoir leurs compétences.
Elle reprend à ce propos une idée régulièrement défendue dans les travaux internationaux sur l’égalité entre les sexes : l’autonomisation des femmes et leur participation aux processus de décision sont liées aux progrès sociaux, économiques et au développement durable.
« Reconnaître la femme ne signifie pas diminuer l’homme »
Dans son message, la présidente de Dignité Féminine ONG récuse enfin l’idée selon laquelle promouvoir la femme reviendrait à opposer les sexes.
« Reconnaître la femme ne signifie pas diminuer l’homme », écrit-elle, défendant plutôt une vision fondée sur la complémentarité et la participation de chacun à la construction de la société.
Elle conclut sa réflexion par une référence à l’épître de saint Paul aux Galates : « Il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28).
Une conviction traverse ainsi son message : la question de la dignité féminine ne devrait pas être considérée comme une revendication réservée aux femmes. Elle concerne, selon elle, l’ensemble de la société.
« Le monde irait mieux s’il apprenait enfin à reconnaître, respecter et faire pleinement fructifier la dignité de la femme », conclut Honorine Hounnonkpè Attikpa.



