Le paysage politique nigérian vient de connaître un bouleversement majeur. À quelques mois des prochaines élections générales, la Haute Cour fédérale d’Abuja a ordonné à la Commission électorale nationale indépendante (INEC) de retirer cinq partis politiques de son registre officiel, une décision aux conséquences potentiellement considérables sur l’équilibre des forces en présence.
Au cœur de cette décision figure l’African Democratic Congress (ADC), l’une des principales formations de l’opposition et formation politique sous laquelle l’ancien vice-président Atiku Abubakar entend briguer la magistrature suprême. Sont également concernés par cette mesure l’Action Peoples Party (APP), l’Action Alliance (AA), l’Accord Party (AP) et le Zenith Labour Party (ZLP).
Dans son verdict rendu le lundi 15 juin, le juge Peter Lifu a estimé que ces partis n’avaient pas satisfait aux exigences prévues par la Constitution nigériane en matière de représentativité électorale. Selon la législation en vigueur, toute formation politique doit soit remporter au moins un mandat électif à l’échelle locale, étatique ou fédérale, soit obtenir au minimum 25 % des suffrages dans un État lors d’une élection présidentielle afin de conserver son statut légal.
Cette décision judiciaire représente un sérieux revers pour Atiku Abubakar, figure incontournable de l’opposition nigériane et l’un des principaux rivaux du président Bola Ahmed Tinubu. Si la radiation de l’ADC venait à être définitivement confirmée, elle pourrait considérablement fragiliser la stratégie électorale de l’ancien vice-président à l’approche du scrutin présidentiel.
L’ADC n’a toutefois pas tardé à réagir. Son porte-parole, Bolaji Abdullahi, a dénoncé une décision qu’il qualifie de « véritable invitation à l’anarchie », assurant que le parti engagerait toutes les procédures légales et constitutionnelles nécessaires pour contester ce jugement devant les juridictions compétentes.
Dans le camp d’Atiku Abubakar, la colère est également palpable. Son conseiller, Paul Ibe, a vivement critiqué cette décision, y voyant une manœuvre destinée à affaiblir l’opposition nigériane. Il a notamment dénoncé ce qu’il considère comme une volonté d’installer progressivement un système dominé par un parti unique, accusant le pouvoir en place de chercher à réduire l’espace démocratique avant les élections à venir.
L’ancien vice-président lui-même a exprimé ses inquiétudes, estimant que cette procédure judiciaire constitue une menace pour le pluralisme politique et l’État de droit au Nigeria. Ses soutiens rappellent par ailleurs qu’une procédure d’appel serait déjà en cours concernant cette affaire.
Cette nouvelle bataille judiciaire intervient dans un climat politique déjà marqué par des tensions au sein de l’opposition nigériane. Entre alliances fragiles, rivalités internes et recompositions stratégiques en vue des élections générales, la décision de la Haute Cour pourrait redessiner en profondeur le paysage électoral du pays le plus peuplé d’Afrique.
En attendant l’issue des recours annoncés, l’avenir politique de l’ADC et les ambitions présidentielles d’Atiku Abubakar demeurent suspendus aux prochaines étapes judiciaires. Une situation qui pourrait peser lourdement sur la configuration de la prochaine présidentielle nigériane et sur l’évolution de la démocratie dans le pays.



