À quelques jours du premier vote indicatif du Conseil de sécurité, les six candidats en lice pour succéder à António Guterres ont livré, jeudi à New York, un exercice de haute diplomatie. Réunis dans la prestigieuse salle de l’Assemblée générale des Nations unies à l’occasion d’un « Town Hall » retransmis dans le monde entier, ils ont présenté leur vision d’une organisation confrontée à une crise de crédibilité, de financement et d’influence. Malgré des parcours très différents, tous ont convergé vers un même constat : l’ONU doit retrouver sa capacité à prévenir les conflits, à agir efficacement sur le terrain et à regagner la confiance des États membres comme des populations.
- Une ONU à reconstruire
- Macky Sall promet des résultats dès les cent premiers jours
- Rodrigues-Birkett mise sur une diplomatie de terrain
- Grossi veut un secrétaire général plus offensif
- Bachelet et Espinosa défendent une ONU indépendante
- Une élection sous haute influence des grandes puissances
- Une course toujours ouverte
Pendant près de deux heures, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l’ex-présidente de l’Assemblée générale Maria Fernanda Espinosa (Équateur), le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Grossi (Argentine), l’ancienne vice-présidente costaricaine Rebeca Grynspan, l’ambassadrice du Guyana Carolyn Rodrigues-Birkett et l’ancien président sénégalais Macky Sall ont répondu aux questions de diplomates, de fonctionnaires onusiens, de représentants de la société civile ainsi que de journalistes de Bloomberg, partenaire de l’événement.
Une ONU à reconstruire
Invités à expliquer pourquoi ils étaient les mieux placés pour diriger l’organisation, les candidats ont chacun disposé de deux minutes pour convaincre. Tous ont mis en avant leur expérience internationale, leur aptitude au dialogue et leur volonté de réformer une institution fragilisée par les blocages géopolitiques, les guerres en Ukraine, à Gaza ou encore au Moyen-Orient, ainsi que par une situation financière préoccupante.
Rebeca Grynspan a exprimé son ambition de voir l’ONU redevenir un acteur incontournable de la diplomatie mondiale.
« Dans cinq ans, je ne veux plus entendre la question : « Où est l’ONU ? » Je veux que l’organisation soit de nouveau présente à la table des négociations dans les zones de conflit. »
Macky Sall promet des résultats dès les cent premiers jours
Se présentant comme un « bâtisseur de ponts », l’ancien président sénégalais Macky Sall a placé son intervention sous le signe de l’efficacité.
Il a promis qu’au cours de ses cent premiers jours à la tête de l’organisation, il travaillerait à restaurer la confiance, accélérer les réformes et rendre les Nations unies « plus agiles, plus efficaces, plus à l’écoute et davantage capables de rassembler ».
Son discours a insisté sur la nécessité d’une ONU capable de répondre rapidement aux crises tout en modernisant son fonctionnement administratif et financier.
Rodrigues-Birkett mise sur une diplomatie de terrain
Pour Carolyn Rodrigues-Birkett, le futur secrétaire général ne peut se contenter d’observer les crises.
L’ambassadrice du Guyana a affirmé qu’elle ferait preuve d’initiative partout où les conflits menacent la paix internationale, qu’il s’agisse de l’Iran, d’Haïti, du Soudan ou de la République démocratique du Congo.
Selon elle, le titulaire du poste « n’a pas le luxe de ne pas essayer », rappelant que la neutralité des Nations unies doit servir à favoriser le dialogue et la recherche de solutions.
Grossi veut un secrétaire général plus offensif
Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi a plaidé pour une interprétation plus active des responsabilités du secrétaire général.
À ses yeux, celui-ci doit intervenir dès qu’un État membre menace la paix ou déclenche une guerre.
Une telle attitude permettrait, selon lui, de restaurer la crédibilité d’une organisation souvent accusée d’impuissance face aux grandes crises internationales.
Bachelet et Espinosa défendent une ONU indépendante
Michelle Bachelet a insisté sur l’indépendance politique que doit conserver le secrétaire général, affirmant qu’elle ne céderait jamais aux pressions des grands pays contributeurs lorsqu’il s’agira de dénoncer des violations des principes de la Charte des Nations unies.
De son côté, Maria Fernanda Espinosa a fait de la prévention des conflits le cœur de son projet. Selon elle, cette approche ne doit pas rester un slogan mais devenir un véritable principe d’action, avec une présence renforcée sur le terrain pour prévenir les crises avant qu’elles ne dégénèrent.
Une élection sous haute influence des grandes puissances
Au-delà des discours, la bataille diplomatique s’annonce particulièrement délicate.
Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni, membres permanents du Conseil de sécurité, disposent chacun d’un droit de veto susceptible d’écarter n’importe quel candidat.
Dans ce contexte, les prétendants évitent soigneusement de heurter les grandes puissances.
Pour Richard Gowan, de l’International Crisis Group, la prudence domine la campagne, chacun cherchant à ne pas compromettre ses chances avant les premiers scrutins.
Le premier vote indicatif est prévu le 30 juillet, lorsque les quinze membres du Conseil de sécurité se prononceront à bulletin secret sur leurs préférences. Plusieurs tours pourraient être nécessaires avant qu’un candidat n’obtienne les neuf voix requises sans subir le veto d’un membre permanent. Le nom retenu sera ensuite transmis à l’Assemblée générale pour une nomination formelle, avec une prise de fonctions fixée au 1er janvier 2027.
Une course toujours ouverte
À ce stade, aucun favori ne s’est véritablement imposé.
Selon Richard Gowan, Rafael Grossi demeure le candidat le plus souvent cité dans les cercles diplomatiques, mais il ne bénéficie d’aucune avance décisive. Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett disposent elles aussi de soutiens solides, tandis que plusieurs diplomates n’excluent pas l’entrée tardive d’un nouveau candidat.
Parmi les noms évoqués figure celui du président de la FIFA, Gianni Infantino, que Donald Trump souhaiterait voir briguer la fonction, selon des informations rapportées par le New York Post. Une hypothèse qui continue d’alimenter les discussions, sans qu’aucune candidature officielle n’ait encore été annoncée.
Cette élection revêt enfin une dimension symbolique. En vertu du principe de rotation géographique, l’Amérique latine estime que le moment est venu pour l’un de ses représentants de diriger les Nations unies. De nombreux États militent également pour qu’une femme accède, pour la première fois de l’histoire, au poste de secrétaire générale.



